Des Algériens aux Etats-Unis perdent leur épargne et leur emploi


De nombreux Algériens établis aux Etats-Unis ont été touchés de plein fouet par la crise financière qui secoue la première puissance mondiale depuis plusieurs mois. Certains ont perdu des sommes colossales dans leur plan de retraite tandis que d’autres ont perdu leur emploi en raison de la récession.

Les plus touchés par la crise sont ceux ayant souscrit au fameux plan de retraite connu sous le code 401 K. Il s’agit d’un système d’épargne retraite géré par des fonds de pension qui investissent cet argent dans des actions et des obligations. Le plan autorise l’employé à déduire, hors taxes, une partie de son salaire pour l’investir dans différentes options offertes par son entreprise. Ce système a été mis en place par le gouvernement américain en 1981 sous la présidence du républicain Ronald Reagan avec des avantages fiscaux incitatifs. Depuis, le plan a attiré des millions de souscripteurs, y compris des Algériens vivant aux Etats-Unis, même ceux y résidant et y travaillant depuis peu.

«L’idée était que beaucoup d’Algériens voulaient profiter de ce plan pour engranger un bon pactole afin de finir éventuellement leur retraite au bled», a indiqué au Jeune Indépendant Mohamed Djeddour, un Algérien établi depuis 29 ans aux Etats-Unis dont la plus grande partie à Chicago dans l’Illinois.

«D’autres qui sont plus familiers avec le système de retraite algérien ont tourné le dos au 401 K, préférant le second système traditionnel qui est sans risque, mais qui n’attire que peu de souscripteurs dans un marché de plusieurs milliards de dollars», a dit Mohamed, 48 ans, originaire de l’Ouest algérien. Selon le Centre de recherche sur les retraites de l’université de Boston (Center for Retirement Research), au moins 65 % des salariés américains dépendent de leur épargne individuelle. Dès lors, chaque souscripteur était obligé de gérer son propre plan de retraite d’entreprise et à placer une partie de ses économies sur les marchés financiers. Les Algériens qui avaient opté pour ce produit ont subi les conséquences de la chute vertigineuses des sociétés de finances comme tous les souscripteurs américains.

«J’ai perdu une année de salaires et je n’ose plus aller jeter un coup d’œil sur mon épargne retraite», lançait Djamel, 44 ans, ancien vétérinaire converti dans la téléphonie mobile, rencontré dans un café du quartier d’Elston dans le North side de Chicago, la ville du candidat à la présidence américaine, le sénateur démocrate Barack Obama. Client chez Fidelity investement où il a placé son plan de retraite, Djamel ne décolère pas. « C’est la faute à ces spéculateurs et ces courtiers qui se remplissent les poches à New York», se lamente-t-il tout en gesticulant pour exprimer sa frustration.

«Heureusement que je suis encore jeune pour reconstruire mon plan de retraite», se console-t-il avant que son compatriote Hassen, assis à une table mitoyenne tout en sirotant un «café presse», lui rétorque que rien n’est désormais sûr dans un pays qui ne cesse de collecter les ouragans financiers. Selon les experts budgétaires du Congrès américain, la chute en cascade de la Bourse ces 15 derniers mois a fait disparaître quelque 2 trillions de dollars de l’épargne de retraite des salariés. Ces pertes vont contraindre de nombreux employés à travailler plus longtemps et à différer leur départ en retraite.

Pour d’autres Algériens, l’infortune est encore plus grande puisqu’ils ont perdu leur emploi ; leurs patrons ne pouvant plus assurer leurs salaires, les ont congédiés. Certains ont dû quitter leur emploi volontairement en raison des réductions salariales tandis que d’autres ont été renvoyés avec la promesse d’être repris une fois la tempête passée.

Quelque 160 000 Américains ont perdu leur emploi selon les chiffres officiels de septembre dernier. Tous les secteurs ont été touchés y compris celui de la presse où de nombreux journaux locaux ont dû licencier la moitié de leur staff, à l’image du quotidien Dallas Morning News qui a procédé vendredi dernier à des licenciements pour la quatrième fois depuis 2001.

Toutefois, d’autres Algériens plus ou moins aisés ont réussi à profiter de la situation pour acquérir des maisons à des prix abordables suite à l’effondrement vertigineux du marché de l’immobilier. Rachid, 50 ans, ingénieur manager chez Symantec dans le Silicon Valley en Californie, qui se trouvait de passage à Chicago pour rendre visite à un proche, avoue qu’il a pris l’avion de Qatar où son épouse travaille pour retourner aux Etats-Unis afin de conclure un contrat d’achat d’une propriété qui lui aurait coûté six fois le prix, n’était la récession.

De notre envoyé spécial à Chicago, Kamel Mansari

Le Jeune Indépendant

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Les survivalistes prônent l’autosuffisance pour vivre sans pétrole

Ils ne cherchent pas à sauver la planète, juste leur vie. Convaincus que les réserves de pétrole décroissent irrémédiablement et que l’économie mondiale va dans le mur, des Américains s’installent à la campagne pour mener une vie frugale et autarcique, et certains stockent même des armes pour se protéger de hordes d’affamés non préparés à faire face à la grave crise qui menace, selon ces « survivalistes », le pays.

Il y a quelques années, Kathleen Breault, 50 ans, vivait dans une banlieue de l’Etat de New York, où elle menait une vie ordinaire d’Américaine moyenne, conduisant sa voiture pendant des heures chaque semaine, déjeunant chez McDonald’s, faisant son shopping dans un centre commercial et passant sa soirée devant la télévision.

C’était avant qu’elle entende parler du sombre avenir des réserves mondiales de pétrole. Aujourd’hui, elle se prépare à la disparition de la société de consommation actuelle.

Mme Breault a divisé par deux ses trajets en voiture, se nourrit désormais de produits locaux et a perdu 32 kilos. Elle a également fait une croix sur ses cartes de crédit, la télévision et l’avion, et a commencé à utiliser un poêle à bois.

On ne sait pas combien d’Américains vivent comme Mme Breault, mais on estime que le mouvement a pris de l’ampleur ces dernières années. Ces « survivalistes » ne mènent pas une sorte de révolution verte visant à sauver la planète. Beaucoup pensent qu’il est trop tard pour cela et cherchent simplement à se sauver eux-mêmes.

Certains agissent discrètement, et sont peu diserts sur leurs préparatifs, craignant par exemple de mettre en danger leur famille en révélant le lieu où ils stockent leurs provisions. Ils envisagent un avenir où les villes américaines seront pleines de réfugiés affamés et désespérés en quête de nourriture, d’abris et d’eau.

« Des choses vont arriver lorsque les gens ne pourront obtenir ce dont ils ont besoin pour eux-mêmes et leur famille », prédit Lynn-Marie, qui estime que les villes américaines pourraient connaître une montée de la violence dès 2012.

Lynn-Marie refuse de donner son nom pour protéger sa ferme dans l’Idaho. De nombreux « survivalistes » ont refusé de parler à l’Associated Press pour les mêmes raisons.

Ces Américains qui redoutent le pire croient dans le concept d’un pic de production de pétrole, suivi d’une baisse inexorable de l’offre de brut. Selon les chercheurs qui soutiennent cette théorie, le déclin est déjà amorcé ou va bientôt commencer. Mais de nombreux scientifiques soulignent que d’autres sources d’énergie viendront compenser le manque d’or noir.

Lynn-Marie et son mari ont planté un verger de 40 arbres, construit une serre avec un système d’irrigation propre, ont commencé à élever des poulets et des porcs, et ont appris à les abattre.

D’ici 2012, ils espèrent couvrir leurs besoins en électricité grâce à des panneaux solaires et produire leur propre viande, lait et légumes. « Les gens ne seront pas préparés » à ce changement, prédit Lynn-Marie. « On peut imaginer des hordes en maraude. »

Sur le site PeakOil.com, littéralement « pic de pétrole.com », qui a réuni jusqu’à 800 personnes lors de récentes soirées, on évoque volontiers l’avenir du monde. Certains estiment qu’il n’y aura pas de krach financier, mais plutôt une lente dégradation de la situation économique.

Certains pensent que le gouvernement américain réagira à la perte de « sécurité » énergétique en restreignant les libertés individuelles et d’autres pensent que l’Etat ne sera pas en mesure d’assurer les services de base à la population durant la crise. Les autorités, estiment-ils, seront largement impuissantes.

source : AP