les eurodéputés adoptent la décriée « directive du retour

Immigration : les eurodéputés adoptent la décriée « directive du retour »

STRASBOURG – « Un coup dur pour l’Europe des droits de l’Homme ». Le Parlement européen a adopté mercredi la controversée « directive du retour », dénoncée comme la « directive de la honte » par les associations de défense des migrants. Le texte prévoit une durée maximale de rétention de 18 mois et une interdiction de réadmission pour les expulsés allant jusqu’à cinq ans.
Malgré l’opposition des eurodéputés de gauche et verts, le texte a été approuvé par 369 voix contre 197 avec 106 abstentions. Les pays de l’UE disposeront d’un délai de deux ans pour le mettre en application.
La nouvelle réglementation, une étape vers l’élaboration d’une politique d’immigration et d’asile commune d’ici 2010, ne s’appliquera pas automatiquement en Grande-Bretagne et en Irlande, qui ne font pas partie de l’espace Schengen, ni au Danemark, qui a négocié une dérogation. En France, le ministre de l’immigration Brice Hortefeux a assuré qu’elle ne « changera rien » à la politique actuelle.
Plus de deux ans ont été nécessaires pour élaborer cette directive censée favoriser les retours volontaires et harmoniser les conditions de rétention et d’éloignement en instaurant des normes minimales dans les 27 Etats-membres.
Bruxelles estime à environ huit millions le nombre d’étrangers en situation irrégulière dans l’UE. Actuellement, la durée légale maximale de rétention varie considérablement au sein de l’UE. Elle est même illimitée dans sept pays, dont la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.
La nouvelle directive prévoit de laisser aux personnes prises en situation irrégulière un délai de sept à 30 jours pour quitter le pays de façon volontaire. En cas de refus ou de risque de fuite, elles pourront être placées en centre de rétention administrative et y rester jusqu’à six mois avant d’être expulsées. Mais cette période pourra être prolongée d’un an dans certains cas, notamment pour des vérifications d’identité dans le pays d’origine.
Dans le même temps, les Etats devront garantir les droits élémentaires, comme l’accès à une assistance juridique gratuite et faire valider la rétention administrative par un juge « dans les plus brefs délais ». La directive tente aussi de limiter le placement en rétention de mineurs isolés ou de familles avec enfants, qui ne devront être détenus qu’en « dernier recours ».
Enfin, le texte permet une interdiction de retour allant jusqu’à cinq ans, voire davantage à l’encontre des personnes considérées comme une menace potentielle pour la sécurité.
Chaque pays reste libre d’appliquer des conditions plus favorables. En France, la directive « ne changera rien », assurait mardi le ministre de l’Immigration Brice Hortefeux. Il avait expliqué que la durée maximale de rétention resterait à 32 jours, la plus faible d’Europe. Quant à l’interdiction de retour, il a affirmé que la France n’était « pas favorable à des politiques de bannissement ».
L’Espagne pour sa part a dit envisager de relever la période légale de rétention à 60 jours. L’Italie, qui a commencé à durcir sa politique d’immigration depuis le retour au pouvoir de Silvio Berlusconi, a anticipé la directive en la relevant au maximum prévu par le texte.
Ses partisans avancent que le texte permet d’ »élever le niveau de protection dans les pays où il est au plus bas », selon les termes du Français Patrick Gaubert du PPE-DE (Parti populaire européen-démocrates chrétiens). La libérale-démocrate néerlandaise Jeanine Hennis-Plasschaert arguait que dans certains pays, les clandestins en attente d’expulsion étaient jusqu’ici détenus dans des prisons.
Mais pour Amnesty International, la période de rétention « excessive » et le bannissement prévu risquent « d’abaisser les standards existants dans les Etats-membres et donner un extrêmement mauvais exemple aux autres régions du monde ».
« En adoptant ce texte, le législateur européen nous laisse entendre que les migrants ne sont pas des êtres humains comme tous les autres, dotés de droits et à l’égard desquels les Etats ont des obligations. Ils sont déshumanisés », a accusé la présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) Souhayr Belhassen.
En France, la Cimade a déploré un « coup dur pour l’Europe des droits de l’Homme », regrettant que les eurodéputés soient restés « sourds » aux appels des ONG, des Eglises et des mobilisations citoyennes.
« Cette directive porte atteinte aux libertés publiques et fait de l’enfermement un mode de gestion courant des populations migrantes », dénonce l’association de défense des immigrés, annonçant qu’elle étudiait avec ses partenaires toutes les voies possibles de contestation du texte.

De : STRASBOURG
mercredi 18 juin 2008

Face aux clandestins, une Europe hermétique


Silvio Berlusconi a fait adopter en Italie une des lois les plus répressives en matière d’immigration. Reuters

L’UE veut renforcer la lutte contre les clandestins avec des règles répressives pour encadrer l’expulsion des sans-papiers.

Les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept ont adopté hier, à Luxembourg, le projet de directive fixant des normes minimales en matière de reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière (lire Libération d’hier). Ce texte, qui doit encore être voté par le Parlement européen pour entrer en vigueur, est qualifié de «directive de la honte» par plusieurs associations françaises de défense des droits de l’homme, dont la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués), qui lui reprochent, en autres, de prévoir une durée de rétention administrative pouvant aller jusqu’à dix-huit mois alors que le maximum, en France, est de trente-deux jours. Une nouvelle fois, le spectre d’une «Europe forteresse», hostile aux immigrés, resurgit. Il est vrai que le vote de cette directive intervient dans un contexte marqué par le durcissement de plusieurs législations nationales : ainsi, après le Danemark et le Royaume-Uni, la France vient pour la cinquième fois en six ans de donner un nouveau tour de vis et l’Italie se prépare à faire de même (lire page 4).

Bref, l’Union et ses Etats membres envoient un signal très clair au reste du monde : les immigrés ne sont pas les bienvenus. Le texte voté hier par les ministres de l’Intérieur fixe des normes minimales afin que les étrangers en situation irrégulière soient traités à peu près de la même façon dans les 27 Etats membres. Il faut en effet éviter que dans l’espace sans frontières intérieures qu’est l’Union, ils puissent choisir la loi qui leur sera la plus favorable. Le problème est que les législations nationales sont très éloignées les unes des autres et que les Etats refusent d’abandonner leur système qu’ils jugent évidemment comme le plus performant. D’où l’approche retenue par la Commission européenne : proposer des directives non pas d’harmonisation, mais instaurant des règles minimales qui ne font pas obstacle à des dispositions nationales plus favorables. En même temps, ces directives protègent les étrangers en interdisant aux Etats d’aller en deçà de ces normes minimales. Ainsi, la directive «retour» instaure un droit à l’aide judiciaire et un droit de recours effectif qui n’existent pas partout. De même, en limitant la durée de rétention administrative à dix-huit mois maximum, elle va obliger neuf Etats membres qui ne prévoient aucune limite temporelle à revoir leur législation sans pour autant obliger ceux qui prévoient des durées plus courtes à s’aligner.

Contradictions.

Bref, pas de quoi hurler au texte «liberticide», même s’il ne marque pas un réel progrès sur l’état du droit existant dans de nombreux pays. Cela n’est guère étonnant : la politique européenne d’immigration ne peut pas aller à contresens des législations des Etats. Ce n’est pas un hasard si c’est surtout dans le contrôle aux frontières extérieurs, c’est-à-dire dans le répressif, que les progrès ont été importants : harmonisation des visas, création de l’agence Frontex sise à Varsovie, embryon d’un futur corps de gardes-frontières européens, sanctions contre l’aide à l’immigration clandestine, création du fichier Eurodac centralisant les empreintes des demandeurs d’asile et des étrangers reconduits à la frontière, etc. «Les différences sont trop grandes entre les systèmes et les besoins» pour imaginer à terme une véritable politique européenne d’immigration en dehors de quelques domaines, estime Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l’immigration. Notamment, il n’est pas question que Bruxelles décide un jour du nombre d’étrangers qui seront admis au séjour. «Il n’y a pas de partage possible dans la politique d’admission au séjour, souligne Patrick Weil. Entre les pays à forte démographie que sont la France et le Royaume-Uni et les pays à faible démographie que sont l’Allemagne et l’Italie, les besoins ne sont pas les mêmes.»

La France, qui souhaite que ses partenaires adoptent durant sa présidence semestrielle de l’Union, qui débute le 1er juillet, un «pacte européen sur l’immigration et l’asile», risque de se casser les dents sur cette réalité. Car son but principal est, outre un nouveau renforcement des contrôles aux frontières extérieures, d’empêcher des régularisations massives, comme celles qui ont eu lieu en Italie et en Espagne (plus de 2 millions de personnes entre 2003 et 2007)… Ces pays lui ont déjà fait savoir que cela ne regardait pas l’Union et encore moins la France. Ce pacte est d’ailleurs un condensé des contradictions européennes puisqu’il prévoit en même temps une ouverture plus grande de l’Europe, mais à une «immigration choisie et concertée».

«Non-dit ethnique».

Car, entre fermeture et ouverture, l’Europe n’arrive pas à trancher. Les Etats savent que le déclin démographique fera perdre 20 millions de travailleurs à l’Union entre 2010 et 2030, comme le lui répète la Commission à longueur de rapports. Et les candidats à l’immigration le savent aussi, sinon ils ne viendraient pas. «En fait le non-dit est ethnique : les Européens sont obsédés par les différences culturelles. Ce n’est pas un hasard si le Royaume-Uni a ouvert grand ses frontières aux pays de l’Est, mais se montre particulièrement dur à l’égard des autres immigrés», souligne Patrick Weil. «Il faut sortir de ça : les étrangers non souhaités arrivent quand même et on le paie ensuite.» Etre une forteresse ouverte n’est effectivement pas un exercice simple.

in Libération du 06/06/2008

L’UE renforce la « forteresse Europe » contre l’immigration due au changement climatique

lundi 19 mai 2008
Ajay Prakash et Antoine Lerougetel – WSWS

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L’Union européenne (UE) a réagi à l’impact catastrophique, actuel et à venir, du changement climatique sur les populations les plus vulnérables du monde et à leur migration inévitable pour leur survie, en intensifiant des contrôles d’ores et déjà draconiens.

En accord avec les gouvernements des pays de transit, l’UE tente d’emprisonner dans des ghettos de pauvreté et de famine les populations touchées. Elle a érigé des barrières militarisées le long de ses frontières et instauré des mesures internes d’Etat policier interdisant le séjour aux travailleurs issus de pays pauvres et qui ont été soumis aux ravages occasionnés par les grandes puissances et leurs grands groupes industriels, ainsi que par les classes dirigeantes nationales.

Le responsable communautaire des Affaires étrangères et social-démocrate espagnol Javier Solana a rapporté en mars 2008 que « le changement climatique et la sécurité internationale » soulèvent des problèmes et la nécessité de sauvegarder les intérêts européens dans les régions en question. Ces remarques ont été provoquées par un rapport du Conseil consultatif allemand sur le changement mondial (WBGU) qui met en garde contre l’impact du « changement climatique comme un des risques de la sécurité. »

Solana affirme que « la meilleure présentation du changement climatique est celle d’un multiplicateur de risques qui exacerbe les tendances, les tensions et l’instabilité. Le défi central est que le changement climatique menace de surcharger les Etats et les régions qui sont déjà fragilisés et qui sont le plus enclins aux conflits. Il est important de reconnaître que les risques ne sont pas seulement de nature humanitaire, mais qu’ils incluent aussi des risques politiques et sécuritaires qui affectent directement les intérêts européens. »

Il poursuit en disant : « Les parties des populations qui souffrent déjà de mauvaises conditions de santé, du chômage et de l’exclusion sociale qui pourraient accroître ou provoquer la migration au sein et entre ces pays… Une telle migration pourrait multiplier les conflits dans les régions de transit et de destination. L’Europe doit s’attendre à une poussée migratoire substantiellement accrue. »

Le 8 avril, Louis Michel, commissaire européen pour le développement et l’aide humanitaire, avait exprimé la même inquiétude quant au « choc alimentaire mondial qui se profile, moins visible que le choc pétrolier, mais avec l’effet potentiel d’un vrai tsunami économique et humanitaire en Afrique. »
Un article publié le 14 janvier dans le New York Times disait : « L’année dernière, presque 31 000 Africains ont essayé, dans 900 bateaux de rejoindre les Iles Canaries, point de transit majeur vers l’Europe. Environ 6000 sont morts ou ont disparu, selon une évaluation citée par les Nations unies. »

Les principales raisons de cet exode, indique l’article, est la pêche à outrance de compagnies européennes dans les eaux côtières d’Afrique occidentale qui ont acheté ces droits aux gouvernements africains et dont la conséquence est la destruction des moyens d’existence des communautés de pêcheurs africains.

Solana a également fait une référence voilée à la dévastation sociale causée par les guerres de conquête néocoloniales perpétrées par les Etats-Unis et leurs partenaires en Irak et en Afghanistan : « L’un des plus significatifs potentiels de conflits liés aux ressources découle de l’intensification de la concurrence pour l’accès aux ressources énergétiques et leur contrôle. Ceci est, en soi, et le sera à l’avenir, une cause d’instabilité. Cependant, vu qu’une grande partie des réserves d’hydrocarbures se trouve dans des régions particulièrement vulnérables face au dérèglement du climat et parce que de nombreux Etats producteurs de pétrole et de gaz sont déjà confrontés à des défis socio-économiques et démographiques significatifs, l’instabilité ira probablement en augmentant. »

Le WBGU souligne que dans ces régions, « les flux migratoires à l’intérieur des frontières nationales continuent de prédominer, bien qu’il y ait eu ces dernières années des migrations internationales, y compris une immigration illégale en Europe du Sud ».

Le « rideau de fer » de la forteresse Europe

L’UE érige un rideau de fer le long de ses frontières. Personne ne peut y accéder sans visa. Les étrangers sont placés sur des listes de surveillance et devront, à partir de 2009, soumettre leurs données biométriques partout en Europe, même s’ils ne viennent que pour un séjour de courte durée.
Un rapport de la BBC révèle que l’« UE dispose de 1792 points officiels de contrôle frontaliers extérieurs, 665 points de contrôle aériens, 871 frontières maritimes et 246 frontières terrestres, 300 millions de passages annuels sont enregistrés à ces points, 160 millions de passages par des citoyens européens, 60 millions par des citoyens non-européens sans visa et 80 millions par des citoyens non-européens disposant d’un visa. L’on estime que 8 millions d’immigrés illégaux séjournent dans l’UW, dont la moitié est entrée légalement et a dépassé la date limite de séjour. »

L’UE a mis sur pied sa propre agence de plus en plus militarisée de contrôle des frontières appelée FRONTEX (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’UE) et qui dispose cette année d’un budget de 45 millions d’euros. Elle a mis au point un système européen de surveillance des frontières (Eurosur) pour contrôler les mouvements des immigrés au moyen de satellites, de drones aériens et d’équipes d’intervention rapide aux frontières (RABITS).

Le site No-Racism.net précise : « FRONTEX représente un régime sécuritaire militarisé au sein duquel la police, le contrôle aux frontières, les services de l’immigration, l’armée et les services secrets forment un complexe de répression presque standard, qui divise le monde suivant un ordre hiérarchique entre les riches et les pauvres, entre l’Europe (de l’ouest) et les autres, entre ceux qui ont des droits, ceux qui en ont moins et ceux qui n’en ont pas du tout. »

FRONTEX opère aussi à partir des pays africains dans le but d’empêcher des départs illégaux, en cela l’agence se concentre surtout sur les Iles Canaries et les trajets en Méditerranée et en Mer Noire. La « Forteresse Europe… est une réalité », a remarqué Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, au cours d’une conférence de presse donnée à Bruxelles après ses entretiens, le 15 avril, avec des fonctionnaires de l’UE. « L’accès à l’Europe est très difficile et la frontière initiale de l’Union européenne est poussée de plus en plus loin, » a-t-elle dit en signalant les opérations de sauvetage d’immigrés en Méditerranée, les patrouilles au Sénégal et la collaboration grandissante de l’UE avec les pays de transit.

Le ministre français de l’Immigration, Brice Hortefeux, s’est rendu dans les pays de l’UE pour appeler au soutien d’un « pacte européen de l’immigration » avec 20 pays africains d’ici la fin de 2009. « Nous avons déjà signé des accords avec le Sénégal, le Gabon, le Bénin et la République du Congo et nous avons amorcé des discussions avec le Mali, la Tunisie, le Maroc. L’Egypte et le Tchad viennent de nous faire savoir qu’ils étaient demandeurs. »

En avançant l’exemple du Bénin, Hortefeux a dit qu’il proposait au gouvernement de ce pays le minable pot-de-vin de 150 cartes « compétences et talents » par an permettant à certains étudiants de poursuivre leurs études en France, plus 3 millions d’euros pour aider « au développement du système de santé » du pays.

Un accord identique sur la « gestion concertée des flux migratoires et le codéveloppement » avec le Gabon a été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 10 avril dernier. Il avait déjà été signé à Libreville le 5 juillet 2007.

Hortefeux a également déclaré : « A l’évidence, des pays comme la Libye, mais aussi le Maroc, vont demander à l’Europe d’assumer une partie du coût de la protection de leurs frontières. Je mesure l’effort déjà consenti par les Marocains, qui mobilisent ainsi quelque 12 000 hommes pour éviter que des flux massifs de clandestins se dirigent vers les Canaries. »

La France mobilise l’Europe contre l’immigration

L’Europe «n’a pas les moyens d’accueillir dignement tous ceux qui voient en elle un eldorado». En une phrase, Brice Hortefeux résume l’état d’esprit dans lequel Paris aborde sa future présidence de l’UE, sur ce sujet prioritaire qu’est l’immigration. En homme pressé, le ministre en charge du dossier, proche de Nicolas Sarkozy, a déjà présenté à ses homologues des Vingt-Sept un document de travail étayant la fameuse proposition française visant à sceller, au sein de l’UE, un «pacte pour l’immigration».

L’initiative intervient cinq mois avant le premier Conseil européen, organisé sous présidence française, sur ces questions. Le texte ambitionne d’abord de donner un nouvel élan à une politique aujourd’hui balbutiante. La période est propice : plusieurs projets de directive ad hoc atterriront au second semestre sur la table des ministres européens. Et l’entrée en vigueur, attendue le 1er janvier 2009, du traité de Lisbonne, permettra de renforcer les mécanismes de coopération communautaire.

«Le flux migratoire doit impérativement s’adapter aux capacités d’accueil de l’Europe, sur le plan du marché du travail, du logement, des services sanitaires, scolaires et sociaux», est-il écrit dans ce document, dont Le Figaro s’est procuré une copie. Deux chapitres illustrent le volet sécuritaire du projet. Ils sont contrebalancés par le souhait ambitieux exprimé par la France, de «bâtir une Europe de l’asile», aujourd’hui dans les limbes et de promouvoir l’immigration professionnelle légale. Un cinquième chapitre, moins étayé, insiste sur la nécessité de promouvoir la coopération économique avec les pays d’origine.

Paris aimerait que l’UE «s’accorde à renoncer» aux «régularisations massives et collectives». Une pierre jetée dans le jardin des précédents gouvernements italien et espagnol, revenus depuis de l’aventure. Regrettant, à l’inverse, le fait que seule une mesure d’éloignement sur trois soit exécutée, Brice Hortefeux veut amener «l’Europe à faire respecter sur l’ensemble de son espace, la règle selon laquelle un migrant en situation irrégulière a vocation, soit à partir volontairement, soit à être reconduit dans son pays».

La France juge insuffisants les accords de réadmission conclus par l’UE avec les pays tiers, à l’instar du «partenariat de mobilité» qui sera signé en juin avec la Moldavie et le Cap-Vert. D’ici à cinq ans, explique Paris, les Vingt-Sept et la Commission devraient parvenir à «conclure des accords avec les principaux pays d’origine», recourant, au besoin, à «tous les instruments diplomatiques et commerciaux» possibles.

En contrepartie, l’immigration légale choisie, et organisée sur une base professionnelle, devrait être renforcée. Chaque État membre conserve néanmoins la liberté de définir ses besoins. Outre la délivrance de cours de langues, les Vingt-Sept devraient s’attacher à définir un contrat d’intégration, à caractère obligatoire, qui comporterait «l’apprentissage des identités nationales et des valeurs européennes», relatives par exemple à l’obligation scolaire et d’éducation des enfants.

Dans cet esprit, la présidence française espère boucler au second semestre les négociations sur le projet de directive visant à instaurer une «carte bleue» l’équivalent de la carte verte américaine destinée à des immigrés hautement qualifiés. S’il n’est pas exclu qu’un relatif consensus européen puisse être trouvé autour de ces propositions, la volonté française de bâtir une politique d’asile communautaire devrait susciter, en revanche, de profondes réticences.

Le calendrier affiché est très ambitieux. D’ici à 2010, les Vingt-Sept devraient «instaurer des garanties communes en matière d’asile et un statut de réfugié uniforme». D’ici à cinq ans, les critères d’examen des demandes d’asile devraient eux-mêmes être communautarisés. Innovation importante, les réfugiés sollicitant une protection internationale pourraient déposer leur demande hors du territoire de l’UE, via le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR). La Commission européenne devrait présenter des propositions en ce sens, le 17 juin. Mais les eurocrates ne se font guère d’illusions. Si, à Bruxelles, le sort des réfugiés tchétchènes et des chrétiens d’Irak suscite une communauté de vues – au moins sur le plan intellectuel – les États membres entendent garder la haute main sur l’octroi de ce fameux statut. Le document français devrait être discuté lors d’un conseil informel des ministres de l’Immigration, organisé à Cannes le 7 juillet.

source : Le Figaro

Cinq Algériens expulsés chaque jour d’Europe

Cinq Algériens expulsés chaque jour d’Europe

Un Algérien est expulsé toutes les cinq heures d’Europe. Il s’agit là d’une estimation faite par le sociologue Mohamed Saib Musette, spécialiste des questions migratoires, en se basant sur des données recueillies durant l’année 2007.

Cela représente une moyenne de 5 Algériens par jour et 150 par mois. Les expulsions se font conformément aux accords de réadmission que l’Algérie a signés bilatéralement avec un certain nombre de pays européens comme l’Allemagne (1999), l’Italie (2000), Malte (2001), la France (2003), l’Espagne (2004) et l’Angleterre (2006). Depuis la signature de ces accords, relève M. Musette, la délivrance du « laissez-passer » par les consulats algériens en Europe ne fait que progresser d’année en année. Selon ce chercheur au Centre de recherches sur l’éducation, l’apprentissage et la didactique (Cread) d’Alger, il y a une moyenne annuelle d’un peu plus de 6000 « laissez-passer » délivrés par l’Algérie pour l’ensemble des pays européens, y compris la Turquie, entre 2002 et 2004.

La délivrance de ces « laissez-passer » ne signifie cependant pas systématiquement un retour forcé au pays, précise le chercheur. Le nombre le plus important de « laissez-passer » est, bien entendu, délivré pour la France, où vit la plus grande communauté algérienne à l’étranger. Les Algériens représentent, en effet, une moyenne 23% de l’ensemble des personnes susceptibles d’être expulsées de France. Aussi, indique M. Musette, la France totalise, à elle seule, 50% des Algériens qui devaient être expulsés ces dernières années d’Europe. Les expulsions concernent généralement ceux qui sont entrés « illégalement » ou « irrégulièrement » dans le territoire français ou européen. Ou encore ceux qui sont entrés légalement, mais qui se retrouvent, au bout d’un temps en situation irrégulière ou « sans papiers ».

Pour mieux illustrer cette situation, M. Musette se réfère au rapport publié en 2007 par le Comité intermouvements auprès des évacués (Cimade), une association qui intervient au bénéfice des étrangers retenus en centre de rétention administrative, selon lequel plus de 4297 Algériens, dont 118 femmes, ont transité par les centres de rétention en France. M. Musette estime que ce chiffre est le plus important par nationalités, précisant que « les personnes internées pour une durée de 32 jours en France font ensuite l’objet de différentes mesures, selon les cas, d’expulsion ». Notre interlocuteur fait remarquer cependant que les statistiques des Algériens objets d’une expulsion de l’étranger et réellement expulsés vers l’Algérie ne sont pas diffusées par les autorités algériennes. Le nombre d’expulsions risque d’augmenter si le projet de directive européenne sur la rétention et l’expulsion des personnes étrangères venait à être adopté par le Parlement européen. Pour M. Musette, l’Algérie aura fort à faire car elle n’a pas encore engagé les négociations pour un accord global de réadmission avec l’UE ni encore pour le programme dit de « bon voisinage ». Le risque serait, soutient-il, élevé pour les ressortissants algériens en situation irrégulière dont on ignore l’ampleur en Europe.
Mokrane Ait Ouarabi

08/05/2008