Les musulmans de Québec se plaignent de discrimination

Québec — Les musulmans de la grande région de Québec se disent victimes d’une grave discrimination en matière d’emploi, une situation qui touche tout particulièrement les musulmanes qui portent le hijab. Ce phénomène serait d’ailleurs bien plus marqué à Québec qu’à Montréal.

C’est ce que le président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Habib Fathallah, et la directrice des affaires internes de l’organisme, Fatima-Zahra Benjelloun, sont venus livrer devant la commission Bouchard-Taylor qui est de passage à Québec. Le région de la Capitale-Nationale abrite entre 5000 et 6000 Québécois de confession musulmane, soit moins de 4 % des 155 000 musulmans que compte le Québec.

«Les musulmanes, et plus particulièrement les musulmanes qui portent le foulard, vivent gravement cette situation», a signalé M. Fathallah. «Je connais une dizaine de musulmanes qui ont des doctorats et qui n’ont pas d’emplois.» Chercheur à l’Université Laval, M. Fathallah vit à Québec depuis 13 ans.

Le président du CCIQ, un organisme créé il y a 22 ans, n’est pas tendre envers les politiciens. Selon lui, l’enjeu des accommodements raisonnables a eu un impact majeur lors des dernières élections. Cette crise a été utilisée à des fins politiques et électoralistes, «ce qui a permis à l’Action démocratique du Québec d’accéder au statut d’opposition officielle», constate le CCIQ dans son mémoire.

M. Fathallah dénonce le projet de loi du gouvernement Harper, ainsi que celui que s’apprête à déposer le gouvernement Charest, visant à obliger les musulmanes à se dévoiler pour voter. «C’est un exemple parfait de la récupération politique et de la récupération [faite par les] médias», a accusé M. Fathallah.

Les musulmanes voilées n’ont jamais demandé à voter voilées et elles enlèvent d’ailleurs leur niqab à la douane, a souligné Mme Benjelloun, qui, elle-même, porte le hijab. Pour les deux représentants du CCIQ, c’est un problème qui n’existe pas. «C’est sur leur dos [des femmes qui portent le voile] qu’on fait tous ces débats-là pour stigmatiser encore davantage la communauté musulmane», s’est insurgé M. Fathallah.

La CCIQ accuse les médias de se livrer au sensationnalisme quand ils traitent d’accommodements raisonnables, en montant en épingle la pose de vitres teintées au YMCA ou un passe-droit accordé par un propriétaire de cabane à sucre qui n’ont rien à voir avec des accommodements raisonnables au sens de la Charte des droits de la personne. «Cette situation alimente la crainte, la peur, une montée d’intolérance et du racisme», estime Mme Benjelloun. Une jeune chargée de cours de l’UQTR, Farah Bérubé, est d’ailleurs venue dire à la commission que les médias de masse faisaient preuve de «racisme structuraliste», un racisme «plus rusé» en diffusant «une fausse représentation de la diversité», ce qui alimente la méfiance chez les «natifs».

Au regard du port du hijab ou de tout autre signe religieux, le CCIQ est d’avis que «priver la femme de faire un choix d’habit sous prétexte de laïcité ou autres, représente une forme d’oppression». Répondant à une question de Gérard Bouchard, Mme Benjelloun estime que les musulmanes, même dans une fonction gouvernementale ou comme juge, devraient pouvoir porter le foulard. C’est un choix librement consenti, a-t-elle soutenu. «Juridiquement parlant, il n’existe pas à notre connaissance de normes établies d’habillement», a fait valoir Mme Benjelloun, qui prône une laïcité «ouverte» permettant «l’indissociable expression de foi aussi bien dans la sphère privée que dans le domaine public».

Journal le Devoir