Agriculture en Algerie, Etat des lieux

Le dossier de l’agriculture bénéficie d’une nouvelle attention des pouvoirs publicsEntre les archaïsmes et les besoins d’innovation

L’actualité des marchés des produits alimentaires à travers le monde ne peut laisser indifférents les Algériens, populations et gouvernants, d’autant plus que la montée en flèche des prix des principaux produits de consommation domestique ont eu des répercussions directes sur la bourse des smicards et des mal lotis. Le cas de l’Algérie est plus complexe que celui du reste des pays importateurs de produits alimentaires du fait que nous importons la quasi-totalité de ce que nous consommons. Même les quelques produits agricoles sortis de nos fermes se trouvent dépendants totalement des semences et matériel motorisé (et pièces détachées) importés. Le cas le plus emblématique a été exposé en direct à la télévision au début des années 90 par l’ancien Premier ministre, Belaïd Abdesselem, lorsqu’il aborda la production du poulet de chair en Algérie. Il séria les éléments d’importation qui concourent à la production d’un poussin ou d’un poulet adulte (aliments, vaccins et autres ingrédients) et conclut que le poulet n’est pas réellement algérien.

Face aux nouvelles réalités induites par une mondialisation accélérée des économies et une interdépendance de plus en plus problématique entre les régions et les pays de la planète, les défis qui se posent à l’agriculture algérienne deviennent de plus en plus complexes. Pourtant, des efforts méritoires ont été déployés en direction du secteur de l’agriculture par les soutiens aux producteurs, la mise à niveau des exploitations agricoles et l’extension de la surface agricole utile (concessions, mise en valeur par l’accession à la propriété foncière,…). Cependant, comme le soulignent les statistiques présentées au président de la République le mois dernier au cours de l’audience qu’il a accordée au nouveau ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa, la croissance du secteur n’a pas enregistré un bond extraordinaire. Elle est de 6% pour l’année 2007. Il est vrai que, par rapport à 2005 où ladite croissance était de 1,9 %, des progrès substantiels ont été effectués. Les exportations hors hydrocarbures demeurent, quant à elles, toujours faibles puisqu’elles ne dépassent pas un milliard de dollars, alors que les ambitions du gouvernement depuis 1998 étaient de 2 milliards de dollars. Les spécialistes et les pouvoirs publics ont depuis longtemps identifié certaines contraintes majeures qui obèrent l’essor de l’agriculture algérienne, mais la volonté politique semble biaisée ou soumise à des contingences dont l’opinion ignore la nature . Le problème du foncier fait que le statut des terres publiques (EAC et EAI) est considéré comme un frein aux investissements d’autant plus que les usufruitiers nourrissent une méfiance légendaire à l’égard de l’administration et, dans certaines régions, se rendent complices de l’avancée du béton sur les terres agricoles.  La nouvelle loi sur l’orientation agricole et la nouvelle mouture de la gestion des concessions agricoles sont, en principe, destinées à mieux asseoir la relation entre l’administration et les exploitants agricoles et à protéger avec plus d’efficacité les terres agricoles des détournements et autres formes de dilapidations.

Au printemps dernier, un rapport sur l’état de l’Agriculture algérienne a été présenté en Conseil des ministres par l’ancien ministre de l’agriculture et du Développement rural. C’est avec les thèmes-phares de la sécurité alimentaire et de la promotion des produits agricoles stratégiques que ce rapport a été abordé. Les pouvoirs publics commencent à prendre une nette conscience du  »front » ouvert sur le plan des produits alimentaires de base, ce qui a contribué à faire dégringoler le pouvoir d’achat des citoyens d’une façon dramatiques au cours du deuxième semestre de l’année écoulée et pendant l’année 2008. L’une des crises récurrentes qui ne donne aucun répit pour les ménages est celle relative au lait et, par ricochet, à tous les produits dérivés (fromages, beurre, yaourt,…). La menace de la cessation de production plane toujours sur les unités de fabrication malgré certaines assurances données par le gouvernement. En tout cas,  la solution définitive ne semble pas, jusqu’à présent acquise. Les fabricants de lait réclament à chaque fois le déblocage des subventions accordées par l’État et qui enregistrent beaucoup de retard au moment où les unités de fabrication de lait font face à des dépenses incompressibles pour mettre le lait à la disposition des citoyens. Mais, le revers de la médaille accompagnant la politique de la subvention, ce sont les spéculateurs de tous poils dont le  »métier » est justement de flairer les bonnes affaires là où il y a des subventions. Les diverses crises touchant des produits agricoles de large consommation font remonter en surface de vieux problèmes mal pris en charge par des décisions politiques hardies ou dont le traitement a été empêché ou perverti par le système de la rente qui s’est appuyé sur la seule vertu de l’importation  

Un métier qui a perdu ses lettres de noblesse

L’ancien ministre de l’Agriculture,  Saïd Barkat, avait affirmé en 2006 que le phénomène des terres agricoles laissées à l’abandon, exposées à la désertification, allait être pris en charge par la nouvelle loi nouvelle portant Orientation agricole, ce qui s’est concrétisé au cours de ces derniers mois. Les usufruitiers coupables de tels actes seront poursuivis en justice et sanctionnées. ‘’La mesure s’appliquera même aux propriétaires, entendu que la terre n’est pas leur propriété à eux seuls, mais c’est la propriété de toute la collectivité nationale,’  ajoutait-t-il. La nouvelle loi détermine, en effet, la nature des terres agricoles, les activités agricoles, la formation, la qualité de la production et l’organisation de la profession agricole de façon précise afin d’éviter les ‘’intrus’’ (faux agriculteurs) et les activités spéculatives qui en résultent’.

De même, la nouvelle loi sur le foncier agricole est destinée à ‘’mettre fin à la dilapidation des terres agricoles publiques qui sont considérées les plus belles et les plus fertiles terres du pays.” Cette mesure législative compte endiguer les transactions anarchiques et illégales des terres et organiser les modes d’exploitation collective et individuelle des exploitations agricoles. Parallèlement à cet arsenal juridique que le département de Rachid Benaïssa a fait adopter à l’Assemblée populaire nationale, les investigations de la Gendarmerie nationale relatives au détournement des terres agricoles de leur vocation initiale et aux transactions douteuses et illégales se poursuivent. Ces enquêtes portent sur le devenir de certaines EAC et EAI (exploitations agricoles collectives et individuelles) échues à des exploitants en vertu de la loi 19-87 de 1987 qui a institué ce type d’exploitation en remplacement des anciens domaines autogérés.

Dans la foulée des nouvelles mesures prises par le ministère de l’Agriculture, de nouvelles dispositions réglementaires (sous forme de projets de lois) sont attendues, pour encadrer spécifiquement le secteur des Forêts et les activités de la chasse. L’on apprend également que l’administration de l’Agriculture est sur le point de mettre en place une carte de l’agriculture algérienne. Il a été fait aussi état, il y a deux ans, que sur décision du président de la République, il sera crée une École supérieure de l’Agriculture et des Sciences forestières. Rappelons, à ce propos, que, jusqu’à un passé récent, l’Algérie disposait de deux grandes écoles spécialisées dans les sciences agronomiques : l’Institut National d’Agronomie d’El Harrach (INA, fondé en 1905) et l’Institut de Technologie Agricole de Mostaganem (ITA, fondé en 1971). Ce dernier a été annexé, au milieu des années 1990, à l’Université de Mostaganem. Parallèlement à ces deux écoles supérieures, des instituts d’agronomie sont crées au sein des centres universitaires pour mieux encadrer le secteur de l’Agriculture. Notons également que les anciens lycées agricoles datant de la colonisation ont été transformés en Instituts technologiques moyens agricoles et sont chargés de former des techniciens en agriculture. L’INVA (Institut national de vulgarisation agricole sis à Saïd-Hamdine, Alger), avec ses antennes régionales, est chargé de former des vulgarisateurs agricoles et d’élaborer le matériel didactique pour la vulgarisation des techniques et des procédés agricoles.

Le cheminement aléatoire des soutiens publics

Depuis la mise en place du PNDA en 2000, les pouvoirs publics ont, par le truchement des leviers relatifs aux différents dispositifs de soutien, commencé à réorienter l’activité agricole dans le sens de la reconversion des systèmes de culture. Ainsi, d’après les chiffres du ministère de l’Agriculture, les superficies habituellement emblavées en céréales étaient de 4,5 millions d’hectares avec une production allant de 16 à 19 millions de quintaux, soit un rendement de 7 à 8 quintaux/ha. Les nouvelles mesures de soutien ont ramené cette superficie à 3,2 millions d’hectares, mais avec un rendement moyen de 40 qx/ha. Dans le sillage de la nouvelle politique agricole, les agriculteurs ont été encouragés à réaliser une bonne préparation du sol (défoncements et épandages d’engrais de fond) et des désherbages efficaces. En outre, certaines superficies céréalières ont été reconverties en vergers arboricoles ou viticoles de façon à mieux lutter contre les effets de la sécheresse qui menace cycliquement notre pays et à réduire les risques d’érosion qui ont déjà affecté les parcelles céréalières à forte pente. 

Le taux de soutien apporté à l’agriculture représentait 4% du PIB d’après les déclarations de l’ancien ministre en 2006. Le taux maximum enregistré était, ajoutait-il, de 9%. Mais, fait-on observer, au niveau des pays de l’OCDE, ce taux représente 45%. L’agriculture dans notre pays représente à l’heure actuelle quelque 9% du PIB et utilise 25% de la main-d’œuvre.

Les statistiques de la production agricole indiquent que, pour plusieurs produits, l’Algérie a atteint l’autosuffisance. Si la facture alimentaire à l’importation est située autour de 2,5 milliards de dollars, c’est en raison de l’importation de céréales et d’autres produits indispensables. Les besoins des Algériens en céréales sont évalués à 60 millions de quintaux, tandis que la production locale tourne autour de 30 millions de quintaux.

En matière de production laitière, l’Algérie produit 2,2 milliards de litres annuellement, tandis que la consommation annuelle atteint les 3 milliards de litres. La différence est importée pour un montant de 600 millions de dollars. Pour atténuer cette lourde facture, l’Algérie a importé 26 000 vaches laitières entre 2005 et 2006. L’étape suivante que compte franchir le département de Rachid Benaïssa est la labellisation de certains produits pour lesquels l’Algérie a montré une certaine maîtrise. Ainsi, en est-il de l’huile d’olive, du miel et de la datte Deglet Nour.  La protection du consommateur n’a pas été omise dans la nouvelle stratégie de relance du secteur agricole. Lutte contre la spéculation, contre la fraude et contre les faux exportateurs. L’administration compte également structurer la Chambre de l’agriculture de façon à l’habiliter à jouer un rôle essentiel dans la promotion du secteur agricole, l’exportation des produits de l’agriculture et le démantèlement du monopole, y compris le monopole des chambres froides. Les remous soulevés par ces équipements lors de la crise de la pomme de terre militent effectivement pour un assainissement définitif de ce créneau.

L’on ne peut parler de l’exportation sans aborder le sujet crucial du marketing et du design. À ce propos, l’ancien ministre de l’Agriculture dira crûment : ‘’Nous ne savons ni vendre ni acheter. Notre point faible se situe principalement dans le conditionnement et l’emballage.” Il fera aussi état de la responsabilité de nos ambassades et des Chambres de l’agriculture dans la promotion des produits algériens. 

Les dédales d’une gestion au pifomètre

La pression sociale grandissante qui ne vient pas de la simple démographie galopante des années 60 et 70, mais surtout de la grande mobilité de la main-d’œuvre algérienne se caractérisant par un exode rural massif a grandement contribué au chamboulement de l’espace. Le dépeuplement des campagnes était une conséquence directe du désintérêt des pouvoirs publics pour l’arrière-pays qui avait payé le prix fort pour l’indépendance du pays et de la politique d’industrialisation qui avait ciblé les banlieues des grandes villes. Les flux de nouveaux migrants issues des montagnes (Kabylie, Titteri, Ouarsenis, Aurès, Nememcha,…) et des Hauts Plateaux ont fini par constituer des ceintures de misère autour des cités industrielles de Rouiba, El Hadjar, Arzew ; ceintures qui prendront les aspects de bidonvilles que les Algériens ne connaissent que trop.

Le problème ne s’est pas limité aux grandes agglomérations. Même des villes de moyenne importance ont accueilli pendant quatre décennies les paysans déracinés qui ont abandonné leurs hameaux, leurs terres et leurs traditions d’authenticité campagnarde pour s’offrir, à leur corps défendant, comme candidats à une citadinité forcée.

Les pouvoirs publics n’avaient rien fait pour relativiser cette vision idyllique de la ville et pour offrir des conditions de stabilité aux populations des campagnes. Au contraire, sa propension à davantage de centralisation et de déploiement sur les grandes villes du pays a, en quelque sorte-justifié l’afflux des ruraux vers la ville.

Les corollaires de l’exode rural sont perceptibles d’une manière dramatique à deux niveaux : d’abord sur les lieux d’arrivée, les villes, où de nouveaux besoins apparaissent : l’école pour les enfants, de nouvelles structures sanitaires pour le nouvelles populations et, surtout des logements supplémentaires pour les abriter et pour éradiquer les bidonvilles qui ternissent l’image de la ville et du pays. Ces besoins sont en quelque sorte infinis en raison d’un déficit de stratégie d’aménagement du territoire.  Les répercussions sur l’activité agricole ne se sont pas fait attendre. Chaque année, des dizaines d’hectares des meilleures terres sont phagocytées par une urbanisation forcenée.

Les 8 millions d’hectares de SAU (Superficie agricole utile) recensés en 1962 donnaient alors un ratio de 0,75 ha/habitant. En 1990, ce taux fléchit à 0,3 ha/habitant. Les anciennes fermes coloniales faisant partie du domaine privé de l’État s’étendent sur 2,8 millions d’hectares, soit 35% de la SAU. 2,5 millions d’hectares ont été organisés en EAC et EAI à partir de 1987 (soit 96 629 exploitations). Le reste, c’est-à-dire

300 000 ha, forment les fermes-pilotes et les parcelles d’expérimentation appartenant à des instituts universitaires de recherche.

Les déperditions du capital foncier sont dues aux extensions urbaines que connaissent les villes algériennes ou à la création de nouvelles agglomérations (exemple de Sidi Abdellah à la périphérie d’Alger) ou bien encore à une dilapidation insidieuse due à des détournements et transactions illégales auxquels se livrent les usufruitiers. Les résultats des enquêtes de la gendarmerie issus de 18 mois de recherches ont abouti, d’après le commandement de ce corps de sécurité, à la mise en examen de plus de 16 000 personnes accusées de dilapidation du foncier agricole (6 366 ha) dans la seule région d’Alger. L’on y apprend ainsi qu’à lui seule, l’homme d’affaires Brahim Hadjass, en fuite au Canada, aurait avancé 23 milliards de centimes pour accaparer 321 hectares des terres de 18 exploitations agricoles allant de Aïn Benian à Staouali en passant par Chéraga. Bien entendu, les actes de désistement auxquels ont recouru les usufruitiers n’ont aucune valeur légale.  Le ministère de l’Agriculture fait aussi état de la perte de 150 000 hectares de terres agricoles (publiques et privées) depuis 1962. Ces terres ont été majoritairement détournées de leur vocation naturelle suite à des besoins pressants d’urbanisation et d’installation d’infrastructures publiques.  Parallèlement au détournement du foncier agricole à des fins d’urbanisation (légale ou délictueuse), les terres agricoles algériennes subissent une menace réelle de désertification liée à des phénomènes aussi bien naturels qu’anthropiques.

Les pertes des espaces steppiques et la déforestation font peser des risques irréversible pour le capital foncier algérien. L’Algérie n’a jamais connu des phénomènes d’érosion aussi dangereux que ceux enregistrés au cours des 15 dernières années. Le danger pèse non seulement sur la fertilité des sols, mais aussi sur leur stabilité mécanique et sur les capacités de rétention des ouvrages hydrauliques.

Ces derniers voient leur longévité se réduire suite à l’envasement graduel qu’ils subissent. Certains barrages, comme celui du Ksob, dans la wilaya de M’Sila, sont déjà devenus inefficaces puisque leur capacité de stockage a été fortement réduite.

C’est pour parer à ce genre de dérive que le ministère de l’Agriculture a conçu le Plan national de reboisement (PNR) touchant toutes les wilayas du Nord. Ce Plan vise aussi a reconstituer les capacités de production de bois et d’autres produits forestiers (à l’exemple du liège) dont notre pays a fortement besoin.  

Quelles chances pour les nouvelles orientations du gouvernement ?

Les défis qui se posent au secteur de l’agriculture sont nombreux et variés. Et c’est pour compléter les activités de l’agriculture professionnelle que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a mis en place les projets de proximité de développement rural depuis 2002. Le propre de la politique agricole suivie depuis le début de la décennie en cours, est de s’attaquer frontalement aux deux grands axes qui constituent ce secteur d’une façon simultanée : l’agriculture professionnelle qui se donne des critères spécifiques pour cibler son domaine d’intervention (à savoir les exploitations titrées des régions de plaine, les EAC-EAI, les animateurs du secteur agroalimentaire,…) et le développement rural devant intervenir dans les zones reculées de la montagne ou de la steppe touchées par des problèmes spécifiques. Parallèlement au soutien apporté à l’agriculture professionnelle suivant les filières (lait, céréales, légumes secs, chambres froides), et ce, à travers le FNDIA (Fonds national du développement et  de l’investissement agricoles), les espaces ruraux situés dans les zones de montagne ou dans la steppe font l’objet d’une nouvelle attention des pouvoirs publics. Car, ces espaces se trouvent fragilisés par plusieurs facteurs auxquels échappe l’agriculture professionnelle : enclavement, morcellement de la propriété, érosion des sols, absence de titres de propriété, déficit en infrastructures et équipement publics (écoles, centres de santé et de loisirs, électricité, ouvrages hydrauliques,..etc). En outre, ces zones ont gravement souffert de la période d’insécurité entre 1993 et 2002, ce qui a entraîné un exode forcé de plusieurs centaines de milliers d’habitants vers les villes après avoir bradé leurs cheptels et leurs meubles.  Le dernier Recensement de la population et de l’habitat (RGPH) effectué en avril 2008 donne en tout cas des chiffres assommants en matière d’occupation de l’espace algérien. Plus des deux tiers des Algériens habitent les zones urbaines. Les statistiques du ministère de l’Agriculture datant de 2006 parlent de 13 millions d’habitants en milieu rural.   La dislocation de cet espace rural, avec son lot de misère et d’exode vers les villes, a été passée au peigne fin par les experts lors de la réunion walis-gouvernement présidée par le président de la République en décembre 2006. Un nouveau projet dénommé ‘’Plan de soutien au renouveau rural’’ (PSSR) y a été présenté par le ministre délégué au Développement rural, Rachid Benaïssa, désigné, dans le gouvernement Ouyahia, ministre de l’Agriculture et du dDéveloppement rural.  Il se trouve que dans les chamboulements économiques et sociaux vécus par la campagne algérienne, la notion même de ruralité est sujette à controverse. En effet, dans une situation où les métiers ruraux,-et principalement l’artisanat- se meurent, où le salariat et l’économie informelle prédominent chez la population occupée, où le chômage est la situation la mieux partagée  et où les activités agricoles sont réduites à la portion congrue, il y a lieu de redéfinir la notion de monde rural et de lui imaginer les modèles de développement qui prennent en compte toutes ces contraintes.

Amar Naït Messaoud

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l’agriculture algérienne, temoignage poignant d’un ingenieur !

Introduction :

Dans le cadre de la rubrique DJAZAIROUNA, il y aura cette sous-rubrique concernant l’agriculture algérienne et ce que j’ai appelé « sa descente aux enfers ».

Pourquoi ?

Pour la simple raison que j’étais un cadre du ministère de l’agriculture que j’ai vite déserté pour le ministère de l’enseignement supérieur. De plus, j’avais une toute petite exploitation agricole, mais toute petite. Ingénieur agronome, spécialisé dans la science du développement, je pense être autorisé à vous en parler en connaissance de cause.

Oui, j’ai assisté, quelques fois impuissant à ce que j’appellerais « l’exécution sommaire » de la branche nourricière de notre pays, de cette agriculture qu’on avait confiée entre les mains d’irresponsables, dont le seul but était de se remplir les poches. Oui, je vais, à travers cette sous-rubrique, soulever avec vous et j’espère avec vous les raisons qui ont fait que notre agriculture est actuellement sinistrée.

Je vais tenter d’avoir un discours vulgarisateur afin que mon message soit mieux perçu par les non-initiés. Mon but n’est pas de régler des comptes avec des personnes mais de vous prouver que nous aurions pu, si les conditions étaient réunies, de mieux gérer notre patrimoine à tous : EL FILLAHA YAL KHAOUA !…

Et pourquoi ce besoin de vous en parler ?

Parce que je suis interpellé tout simplement par une évidence qui me cingle l’esprit. Savez-vous que les pays forts actuellement ne sont pas ceux qui détiennent la bombe H ou une technologie de quelque sorte que ce soit…
Non, les pays forts du moment sont ceux qui s’autosuffisent en termes d’alimentation et qui se permettent même d’asseoir leur développement sur leurs exportations en matières agricoles. Quel luxe et quelle arme redoutable. Oui, parce qu’on a beau détenir l’arme atomique, si le voisin du dessus ou du dessous en possède aussi, on a vite fait le tour, on appuie sur les boutons et Basta.

Non, détenir l’arme alimentaire est bien plus précieux.

ET NOTRE PAYS DANS TOUT CA?

L’image que l’Algérie était le grenier de Rome est révolue. Brutus et César sont loin de nous mais parlons de l’époque contemporaine qui nous concerne.

Ce que l’on peut d’ores et déjà dire, c’est qu’au lendemain de
l’indépendance, l’Algérie détenait cette arme alimentaire, Oui YA LKHAOUA, l’Algérie se suffisait en termes alimentaires. Elle pouvait faire vivre la population autochtone et se permettait même d’exporter des fruits et légumes vers la métropole. Il y avait des bateaux qui filaient vers la France dont les soutes étaient remplies d’oranges et même de céréales. Oui, le blé dur algérien est l’un des meilleurs AU MONDE de part ses qualités gustatives et ses aptitudes à se concilier à toutes sortes de minoteries. ARRHHHHHAAAAAAOUATES !…

Pour ceux qui ne connaissent pas, ils peuvent se renseigner, la variété
BEN BACHIR était très appréciée par les meuneries parisiennes qui en raffolaient pour leur clientèle huppée : Oui, mesdames et messieurs, avec la variété BEN BACHIR, on faisait le pain blanc qu’on dégustait chez MAXIM’S, Le FOUQUET’S ou autre palais gastronomiques.

Alors, que s’est-il passé en 38 ans pour que notre pays devienne à la merci des autres pays pour LA NOURRITURE de ses concitoyens autochtones. Loin de moi tout discours alarmiste, mais si demain, chaque pays devait prendre la décision de vivre en autarcie, c’est-à-dire (garde ton blé, je garde ma technologie ect…) eh bien, YA LKHAOUA, notre réserve est de…..45 jours…. Entre temps, on pourra peut-être trouver une recette pour manger…
notre pétrole. Quoique l’on parle de la possibilité de fabriquer des steaks tartares à base de pétrole… Trêve de balivernes et passons aux choses sérieuses.

Non, la situation peut se résumer ainsi et ATHHABOUUUUU OILLA
TAKKARHOUUUUUU, la situation est grave mais pas désespérée car les Algériens ont des ressources insoupçonnées. Je dis ça pour me consoler et pour vous consoler. Mais le soleil a été longtemps caché par le tamis que les mailles de ce dernier ont été carbonisées par l’énergie solaire et que maintenant, les dirigeants du pays n’osent plus nous montrer ce tapis car on démasquerait
vite la supercherie et leurs visages transis de peur et de honte… Quoique je ne suis pas sûr sur ce dernier point !…

COMMENT EN EST-ON ARRIVES LA ?

Bonne question et merci de…. Oui, comment en est-on arrivés là ?

D’abord, il y a des causes structurelles qu’on aurait pu éviter. La plus importante qui se présente comme un nez au milieu du visage est la CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE. Il y avait 10 millions d’algériens en 1962 alors que l’on compte de nos jours plus du triple. N’importe quelle agriculture, aussi performante soit-elle ne peut résister à un triplement de la population en 3 décennies.

Que celui qui n’a pas 5 ou 6 Frères et soeurs me jettent la première
pierre. Je ne parle pas des jeunes actuels, gardez vos pierres parce que vos parents dont je fais partie de leur génération ont compris leur peine et les familles algériennes sont devenues, j’allais dire… plus normales.

Ceci pour vous dire que notre agriculture a été MESSKINA essoufflée par ce rythme et qu’elle n’a pas pu résister à des naissances d’une telle cadence.

Comment aurions-nous pu éviter ça ?

Il n’était pas nécessaire de sortir de St Cyr ou autre pour dire qu’il
fallait limiter les naissances. Non, même là, des esprits éclairés sont venus pour constituer LE CONSEIL SUPÉRIEUR de je ne sais pas quoi pour décréter que limiter les naissances était HARAM et LAYAJOUZ… On avait vu quelques décennies plus tard le produit…

Oui, même dans notre Saint Coran, on relève que chaque individu a sa part
dans ce monde. Oui, on n’est pas contre, mais on chérirait tellement le fait d’offrir à nos enfants quelque chose de bien et pas n’importe quoi : Il ne s’agit pas de faire des bambinos pour les laisser baver devant l’opulence de ce monde. L’idéal serait de leur faire partager cette opulence et non être malade de les voir privés de ceux que les autres enfants du monde considèrent comme acquis. La satellisation de la terre et la mère parabole sont en train de faire des ravages chez tous les enfants du Tiers-Monde, j’allais dire du Quart-Monde. Le NITENDO comme ils disent, donne envie à un enfant Américain, Français ou Anglais comme il soulève également l’envie de l’enfant d’El Harrach, de Batna ou de Tolga. Sauf que pour le même prix de ce NITENDO, une famille Algérienne peut vivre 15 jours et que pour les autres familles citées, la dépense ne représente même pas un repas. La différence est de taille… Vous ne trouvez pas !…

Je ne parle pas du manque de logements ou autre. Lorsque le taux
d’occupation des logements en Algérie est de 7,5 personne par logement, on a tout dis.

Enfin, je termine par ce point en disant aux jeunes actuels, allez,
ceux qui ont entre 25 et 40 ans qu’on est heureux YA LES JEUNES, YA LOULED, de vous avoir parmi nous. Moi-même, j’ai 3 ou 4 frères et soeurs (je ne sais plus combien !…) dans cette strate et que si on avait appliqué la politique de limitation de naissance à temps, eh bien, vous ne serez pas là à nous rendre la vie plus… agréable !… Mais, pas d’égoïsme et tâchons plutôt de relever le défi qui nous attend tous… Quel programme ?

La seconde raison : Comment une agriculture se développe ?

L’agriculture est une branche de l’économie sociale dont le rôle est de nourrir les hommes. A ce titre, et pour revenir à notre critère de croissance démographique, l’agriculture peut jouer plusieurs rôles.

1. Si, par exemple, les hommes n’ont d’autres soucis que de se nourrir, c’est à dire qu’ils ne cherchent pas à avoir autre chose que de manger pour faire plus simple, et à condition qu’ils ne soient pas nombreux, une agriculture de cueillette suffit à leurs besoins. C’est à dire qu’ils se mettent au diapason des saisons et à demeure, ils cueillent les légumes et les fruits de saison pour se nourrir. Il fallait simplement ne pas être exigeant et ne pas réclamer des pêches au mois de janvier par exemple !…

2. La situation se complique lorsque d’autres besoins s’expriment ou qu’ils deviennent plus nombreux. Je ne vais pas vous faire l’histoire médiévale de l’agriculture, mais sachez que plus les hommes évoluent, plus leurs besoins deviennent variés et divers. Et là, l’agriculture se doit de surpasser son rôle d’autosubsistance. Elle doit dégager ; pour participer à cet effort ; des surplus agricoles afin de les échanger contre des biens et des services qu’elle ne peut produire :

– « Je te donne un quintal de mon blé et tu me donnes une photocopieuse » pour l’exemple. L’agriculture participe effectivement dans ce cas à l’évolution de la société et pour faire plus contemporain, je dirais qu’elle participe au développement.

Bien entendu, lorsque la population augmente, les exigences imposées à l’agriculture prennent une courbe exponentielle à laquelle il faudra s’y résoudre.

La solution, aussi cartésienne et mathématique est simple. Si on a des superficies, c’est-à-dire si on peut déplacer des gens vers de nouvelles terres inexploitées, le mal est pour ainsi dire moindre. Et c’est ainsi qu’au fil de l’histoire de l’humanité, des peuplades se sont fixés ça et là au gré des terres disponibles. A ce niveau, retenez tout de même que les Algériens commencent à reculer vers…..le SUD, justement dans cette optique.

Mais le bât blesse lorsque les superficies ne suffisent plus. Hélas, la superficie de l’Algérie n’est pas élastique et la distance qui sépare Maghnia de Annaba n’a pas changée depuis 1962. Et là, dans cette éventualité, il n’y a que le génie de l’homme pour sortir de l’ornière. On va demander aux mêmes surfaces de produire plus : c’est ce que l’on appelle en terme économique LA PRODUCTIVITÉ. Je reviendrai plus loin sur ce point, névralgique à plus d’un titre.

Il y a bien sûr des stades intermédiaires mais c’est une autre paire de manches qu’on décortique à nos étudiants en agronomie. Ce n’est pas le cas. Je m’adresse, je suppose à un public hétéroclite qui a le souci de comprendre, s’il est connecté à ce site et à cette rubrique spécialement, de comprendre le pourquoi du comment du chose de la mort de l’agriculture algérienne.

Parce que YA LAOULED, l’agriculture algérienne est agonisante et les fossoyeurs, ceux-là mêmes qui l’ont dirigée et qui continuent à le faire, sont déjà armés de pelles et de pioches pour creuser sa tombe.

C’est pourquoi que lorsque l’on a saisi ces points, on peut comprendre le reste de mon discours et c’est mon but.

Revenons maintenant à cette notion de PRODUCTIVITÉ. C’est le noeud géorgien de l’agriculture algérienne. Je veux d’abord vous apporter mon point de vue sur cette notion :

Prenons un hectare de terre arable. Il produit, mettons sans
l’intervention de l’homme et des techniques modernes…allez, on va dire 200 kilogrammes de blé, 2 quintaux. ZOUZE EKNATTARES. C’est-à-dire que si on sème des graines de blé dans un carré de 100 mètres de côté, on obtient 2 quintaux de blé. Déjà à ce niveau, on peut d’ores et déjà se poser la question : Oui, mais combien de graines jette-t-on sur le sol ?

Pour ne pas rendre mon discours barbare, la moyenne admise est d’un quintal par hectare, c’est-à-dire pour le carré de 100 mètres de côté : 100 kilos….

Voilà, on a fixé les limites de la nature. Autrement dit, la nature, sans l’intervention de l’homme, peut à elle seule, et dans le cas du blé, doubler la quantité de ce que l’homme veut bien y enfouir en son sein.

A l’autre bout de la chaîne et pour vous donner un exemple, les meilleurs producteurs de blé au monde se trouvent en France, précisément dans la plaine de la BEAUCE. Eh bien YAL KHAOUA, ces messieurs produisent 120 quintaux à l’hectare, c’est-à-dire 60 fois plus que Dame Nature.

Vous allez me dire : Mais que justifie cet écart de 2 A 120 quintaux ? Eh bien, justement pour faire simple, disons que c’est cela le mérite et le résultat bête et froid de la PRODUCTIVITÉ. C’est-à-dire que plus qu’on bichonne Dame Nature et plus elle est généreuse.

Et c’est quoi BICHONNER DAME NATURE. Eh bien tout simplement lui donner tous les atouts pour qu’elle s’exprime mieux. Et là, Y A LOULED, je ne vais rentrer dans les détails Algéro-Algériens sinon mon discours deviendra plus technique donc plus ennuyeux.

Non, ce que je veux vous dire, c’est que notre Terre Algérienne, elle
avait besoin d’être bichonnée, en clair mieux traitée et si possible par du personnel compétent et tout le reste.

Car le constat est dramatique pour ce qui concerne le blé. Les rendements Algériens tournent autour de 5 voir 6 allez poussons jusqu’à 10 quintaux à l’hectare. Pas plus. C’est-à-dire que nous sommes loin, très loin des rendements que je viens de vous donner.

Les esprits optimistes peuvent penser que puisque la marge de manoeuvre est large à ce point, on ne peut qu’évoluer vers le haut…Non, non, non, malheureusement les conditions ne sont pas encore réunies poue cela… Les erreurs relevées par le passé perdurent toujours et prennent des tournures plus graves… (ce sera peut-être InchAllah, le thème d’un nouveau débat !)

Et pourquoi le cas du blé pour l’exemple ?

Pour des raisons évidentes :
– D’abord, l’Algérien est l’un des plus gros consommateurs de céréales dans le monde. 175 kilogrammes par habitant et par an. Vous allez me dire, mais c’est pas possible 175 kilogrammes de cérérales mais il exagère ce type. Non, non, non, je n’exagère pas du tout. Lorsque vous additionnez les quantités de baguettes de pain, de KESSRA, de MAKROUD, de pâtes alimentaires
que vous consommez, vous allez revoir votre copie. Et puis, il n’ya pas de honte à avoir au fait que nous soyons de gros mangeurs de céréales. Ce n’est pas une maladie contagieuse…RABBI INNAJINA !…

– La seconde raison est beaucoup plus grave et elle est la conséquence d’une politique suicidaire. Du fait de notre hyper consommation de céréales et de rendements aléatoires comme on vient de le voir, nous importons bon an mal an plus de 30 millions de tonnes de céréales. CA VOUS DIT RIEN COMME
QUANTITÉ, mais j’y arrive. Si ce n’est pas plus car le problème s’est aggravé avec l’introduction d’une aviculture (les poulets) intensive qui nécessite des quantités faramineuses de céréales. Et résultat des courses, une partie importante de nos ressources pétrolières sont destinées à régler les factures des céréales : En clair, on est en train de manger notre pétrole !…

Vous ne trouvez pas que le gâchis est indéfinissable, qu’on aurait dû appliquer une autre politique qui préserve nos richesses minières ou réserver les recettes pétrolières à créer des emplois à nos jeunes ou à construire des logements qui manquent tant à notre population.

Non, on préfère manger notre pétrole, quelque soit le goût !…

Pour la quantité de 30 MILLIONS DE TONNES, une illustration pour vous donner l’ampleur du désastre. Eh bien, tous les jours qu’ALLAH fait, il y a un bateau de céréales qui décharge sa cargaison dans tous les ports céréaliers d’Algérie. De Maghnia à Annaba, ce sont des monstres d’acier qui nous vomissent un blé produit aux États-Unis, au Canada, en Argentine et j’en
passe…. Et vous allez voir pour ELFATOURA !…

En fait, c’est quoi tout le reste ?

J’ai eu ‘l’impression, tout au long de ma petite expérience
d’agriculteur que l’agriculteur algérien jetait les graines sur le sol et que pour lui là s’arrêtait le travail. RABBI IJJIB ALHHHHHHAME ANCH ALLAH. On a assisté même à des SALLATES ELLISTISSKA pour sauver l’année.

C’est vrai que l’eau est indispensable à la plante comme l’oxygène l’est pour nous. Mais Ya LOULED, l’agriculture moderne qu’on appelle intensive n’est pas cela du tout. Parce que le terme intensif est justement générateur de cette notion barbare de PRODUCTIVITÉ.

Non, pour que l’agriculture offre à l’homme de quoi se nourrir, il faut que d’abord qu’elle se nourrisse elle-même. Et là me vient à l’esprit une maxime chère à nous tous : IHHHABE EL BAGRA ALLLI MATAHHHHLAFACHE, MATAKOULCHE OU TAHHLABE BEZEF ! N’est-ce pas là un dicton de chez nous. Non, pour que la vache produit une quantité nécessaire, il faut qu’elle ai d’abord une quantité suffisante d’aliments pour :

– Se nourrir elle-même,
– Nourrir le veau qu’elle porte si elle est parturiente,
– Et seulement ensuite qu’elle s’autorise à exporter le surplus d’aliment en lait, en viande ect…

J’ai tenté de vous apporter cette ludique introduction pour vous montrer à quel point l’agriculture algérienne a été malmenée depuis le début et je vais de suite vous le prouver :

Oui, car malheureusement on avait des responsables qui, pour la plupart s’en foutaient (excusez-moi du terme) mais ils s’en foutaient éperdument de ces données. On avait des technocrates, bien installés au Ministère de l’agriculture et je peux le jurer, qui ont eu l’avancement de carrière le plus précoce de tous les fonctionnaires de la planète.

Rien ne les intéressait, on pouvait tenter de les convaincre, on avait l’impression de parler avec des outres vides. Et je parle des directeurs centraux du ministère de l’agriculture ; du temps où ce dernier était situé boulevard Colonel Amirouche pour ceux qui connaissent. Maintenant, je sais qu’il a été déplacé mais je ne sais pas où et je veux, à la limite ne pas le savoir. Pour la simple raison que je n’y mettrais plus jamais les pieds. Je garde de trop douloureux souvenirs pour revenir me remémorer des situations qui ont mené notre agriculture à un état de misère endémique.

Parce qu’en fait tout le reste est une gestion opportune et rigoureuse des ressources foncières, humaines, sociales, techniques et j’en passe.

A chaque fois qu’il y avait une directive qui atterrissait sur les bureaux de nos chers technocrates, on organisait des forums de discussion, des sortes de réunionnites où chacun s’arrangeait pour gonfler au mieux son ordre de mission et le sujet de la réunion pouvait passer au second plan.

Pour ma part, je peux vous donner quelques exemples où j’ai été malmené, mais je vous avoue que j’ai aussi malmené quelques hauts responsables. Pour le simple fait que je croyais ET JE CROIS toujours que je détenais, non pas la solution, ce serait prétentieux de ma part, mais je savais, je l’avais appris YA LKHAOUA, oui je savais, enfin j’étais au fait des bêtises qu’il ne fallait pas faire. C’est déjà pas mal non !…

Eh bien, à chaque fois, je me suis battu à telle enseigne que je ne suis pas resté longtemps au ministère de l’agriculture. Comme je vous l’avais bien dis, j’avais rejoint le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. J’ai, en quelque sort PRIS de la hauteur. Je suis passé du boulevard Amirouche à BEN AKNOUN.

Non, mais sérieusement, quelques exemples :

– Déjà lors de notre stage de perfectionnement, j’avais relevé des inepties de premier ordre. Il y avait à l’époque l’AUTOGESTION (ATTASYIIIIIIRE ATHHATI), qui battait son plein et j’ai été effaré de voir comment notre agriculture était gérée. Il y avait par exemple des plans de campagne qui venaient directement d’Alger, pondus bien entendu par des ronds de cuir qui n’avaient jamais mis les pieds dans un champ.

Un plan de campagne est en quelque sorte UN ORDRE : Là, vous plantez des choux, là, vous plantez des radis… Et si jamais vous vous avisez à planter les choux à la place des radis EZZAGATE HHALIKOUME !…

Et c’est ce qui s’est passé durant presque 20 ans en Algérie. Et ça, seuls les initiés le savaient, c’est-à-dire les gens qui avaient une relation très étroite avec l’agriculture.

Je ne vous dis pas aussi les conséquences d’une telle farce. On pouvait avoir sur les marchés QUE des concombres… ou QUE des pommes de terre… ou QUE des radis et ainsi de suite….

On bassinait les esprits de l’Algérien moyen par des concepts politiques dépassés. On stigmatisait une situation donnée, on camouflait la réalité et on donnait au petit Peuple des raisons fausses qui faisaient recette.

Je peux vous donner des exemples à travers toutes les expériences pratiquées sur l’agriculture et à cet effet, notre agriculture est devenue, au fil des 3 dernières décennies, un champ d’expérimentation de formules de développement plus ou moins magiques importées toutes, qui de Yougoslavie (Autogestion) qui de Cuba (La révolution Agraire) qui de France ou d’Espagne (pour l’élevage avicole) et bien d’autres exemples.

Et à chaque fois la réalité nous ramenait à un constat d’échec qui est devenu latent, qui s’est collé telle une ventouse à la réalité algérienne. On ne peut que se résigner à attendre une aide extérieure qui sera de toute manière inadaptée à un environnement algérien.

L’agriculteur algérien ne peut avoir la même réflexion que son homologue français ou moldave… Nous cultivons, nous autres, non pas des plantes diverses dans nos champs, mais… insérées entre les graines… s’est glissée… la mentalité algérienne, avec sa spécificité, son vécu… et bien d’autres facteurs que nos chers responsables ont occulté et qui font qu’aujourd’hui BLEDNA dépend de l’étranger pour son alimentation.

Je trouve pour ma part que c’est scandaleux à plus d’un titre et c’est avec cette sombre conclusion que je compte me séparer de vous aujourd’hui…MAIS, avec un grand MAIS… je compte sur vous pour me poser toutes sortes de questions sur cette agriculture alitée, agonisante, sous perfusion… toutes sortes de question… Révolution agraire, financement de l’agriculture… élevage… et je vous apporterai les enseignements de l’heure qui vous montreront qu’à chaque fois, la politique agricole algérienne a été gérée comme un SOUK !…

B.B

DJAZAIROUNA


Agriculture, Les ambitions d’un éleveur producteur

Belhadjar Saïd, âgé de 26 ans, a troqué ses études contre des bottes et un blouson pour s’occuper de la terre et des troupeaux d’ovins et de bovins.

Ayant acquis, par ses propres moyens, une petite ferme en plein abandon dans la périphérie de la localité de Hennaya, le jeune éleveur, qui voit ses ambitions revues à la baisse, se confie timidement : « J’ai commencé mon activité avec deux vaches laitières, maintenant j’en possède dix, en plus de neuf veaux et des génisses. » Sa production journalière s’élève à 220 litres par jours qu’il livre à la Laiterie Lalla Maghnia. Voulant faire mieux, il a demandé une aide à la chambre d’agriculture de Tlemcen pour l’achat d’autres vaches, mais pour toute réponse, il a reçu un niet catégorique. « Je travaille dans une ferme, dans le cadre d’une concession de 99 années, mais cela ne me permet pas de bénéficier de matériels, d’aliments ou d’autres avantages. J’emplois avec moi des jeunes, mais avec toutes les entraves, je risque de tout laisser tomber », dit-il désarçonné. Il reconnaît, cependant, que le fournisseur des aliments de bétail lui « facilite la tâche en avançant les aliments et en n’exigeant pas le payement à l’avance. » Pour la subvention de la production du lait, M. Belhadjar préfère que l’Etat « octroie des aides en aliments plutôt qu’en espèces ». Avec 40 têtes d’ovins et dix vaches laitières, cet éleveur producteur ne demande, enfin, qu’un peu de considération et d’encouragement pour être plus productif et plus compétitif. « Je suis un jeune créateur d’emploi et producteur, n’est-ce pas le désir des hautes autorités de l’Etat ? », s’interroge-t-il en conclusion.

C. B.