Des dizaines d’Africains tentent d’entrer Melilla en provenance du Maroc


Plusieurs dizaines d’immigrants clandestins ont forcé dimanche un point de passage frontalier entre le Maroc et Melilla, pour tenter d’entrer dans l’enclave espagnole, où des affrontements se sont produits avec les forces de l’ordre, selon les autorités espagnoles. Quelques-un des 70 Africains qui ont forcé le passage pour entrer à Melilla, sur la côte nord du Maroc, se sont montrés violents à l’égard des policiers, a indiqué la représentation du ministère espagnol de l’Intérieur, ajoutant qu’un agent avait été blessé.

Le ministère n’a pas fourni de détails sur ces violences, mais des médias espagnols ont fait état de clandestins armés de bâtons et de projectiles en tous genres. Au final, peu ont réussi à franchir la frontière et trois ont été arrêtés et transférés vers un centre de rétention pour clandestins.

Selon la radio Cadena Ser, certains s’étaient installés dans des arbres ou s’étaient cachés dans des poubelles pour éviter d’être repérés après être entrés dans l’enclave avant l’aube, mais la police espagnole les a interpellés. Un communiqué de la direction de migration et de la surveillance des frontières au ministère marocain de l’Intérieur cité par l’agence de presse marocaine MAP, a de son côté annoncé qu’un groupe de 58 Subsahariens avait tenté, dimanche matin, de forcer le dispositif de sécurité mis en place au passage de Beni-Ansar à Nador pour passer au préside de Melilla.

Grâce à la vigilance des éléments en poste, cette tentative a été avortée, d’après la même source, qui a ajouté que sept cas d’évanouissement avaient été enregistrés et que les ressortissants avaient été évacués à l’hôpital de Nador pour des soins légers. Les autorités marocaines continueront à lutter sans relâche contre les réseaux de trafic d’êtres humains, souligne le communiqué.

Onze immigrants clandestins étaient morts en 2005 dans des affrontements avec les forces de sécurité en tentant d’entrer à Melilla et à Ceuta, autre esclave espagnole. Trois autres sont décédés l’année suivante alors qu’ils essayaient de gagner Melilla.

source : AP

La souffrance des immigrés clandestins au Maroc

Au Maroc, certains les traitent de « négros » , azi , en arabe dialectal. D’autres, moins nombreux, citent le Coran et parlent des « enfants de la route » (abna essabil ). A Oujda, ville frontalière au nord-est du royaume chérifien, à moins de 15 km de l’Algérie, on n’a guère pitié de ces clandestins subsahariens venus du Mali, du Nigeria, de Guinée ou de Sierra Leone, avec l’espoir — de plus en plus souvent déçu — d’atteindre l’Europe.

Depuis les accords passés ces derniers temps avec l’UE, la route de l’exil est devenue un ***-de-sac. Et la prison remplace souvent le centre de rétention. « Dès notre arrivée à Oujda, la police nous a arrêtés. On est restés quatre jours enfermés. Sans rien à manger. On buvait l’eau de la douche — la seule de toute la prison », raconte Williame Kouame, un Ivoirien de 22 ans. « On était 37 dans une même cellule : 36 hommes, plus Nina » , ajoute-t-il, désignant sa jeune épouse assise sur une couverture sur le sol. Nina Kouame a 20 ans. A Bouaké, elle était coiffeuse.

Quand les rebelles antigouvernementaux prennent la ville à l’automne 2002, Williame et Nina, dont les parents ont été tués, décident de quitter la Côte d’Ivoire avec un copain, Joël Jackson. Joël prétend avoir 18 ans. Il en paraît 16. Son père était gendarme. « On s’est dit qu’une fois au Maroc, ce serait comme d’être en Europe : il n’y aurait plus qu’un pas à faire. On pensait trouver le HCR ou l’Unicef. »

En fait d’Europe, les voilà tous coincés au milieu du gué. Sans un dirham en poche. Entre les bandits et la soldatesque rencontrés, les trois amis se sont fait piller jusqu’à leurs derniers biens. « Même ma photocopie du baccalauréat, ils l’ont prise ! On est revenu à zéro, comme des bébés » , s’indigne encore Williame, sanglots dans la voix. C’est la deuxième fois qu’ils se font refouler par la police marocaine jusqu’à la frontière algérienne. La troisième fois qu’ils reviennent à Oujda. Encore ont-ils eu de la chance.

Dans cet enfer désertique baptisé « la maison du diable » , un vaste no man’s land à cheval sur le Mali et l’Algérie devenu, selon Williame, « un grand cimetière de Noirs » , nombre de migrants sont morts de soif et de faim. Viols, bastonnades, arnaques et racket sont le lot commun des « enfants de la route » .

Williame, Nina et Joël paraissent fatigués, mais à peu près en bonne santé — à l’instar de leurs compagnons d’infortune, une centaine de personnes, des hommes surtout et quelques femmes, certaines avec enfant ou nourrisson, échoués là, dans un coin du campus de l’université, avec leurs maigres baluchons posés au milieu des ordures.

La veille, les Ivoiriens ont mangé un peu de pain. « Certains commerçants, gentils, font crédit et nous donnent de l’eau. » La seule alternative, c’est d’aller mendier au marché ou à la sortie des mosquées. « On ne peut rien faire d’autr e. Le travail, c’est pour les Marocains d’abord » , constate Elimane, un malabar au tee-shirt poussiéreux, qui se dit natif de Guinée. Le terrain de sport que les clandestins ont squatté, entre la cité universitaire et la faculté de sciences juridiques, est écrasé de soleil.

Les quelques arbres qui y poussaient ont servi de bois de chauffage. Fin juillet, quelques jours avant que l’université se vide de ses derniers étudiants, les autorités ont ordonné que le mur entourant le terrain des squatters soit surélevé et que toutes les issues — sauf une — soient bouchées. Les campeurs indésirables ont compris le message. Avant que la police ne vienne les rafler, la plupart sont partis se cacher dans les forêts alentour.

« Les difficultés que pose la traversée du détroit de Gibraltar transforment le Maroc, et, en particulier, les régions du Nord et du Nord-Est ainsi que les provinces sahariennes en escale permanente » , constate l’universitaire Mohamed Khachani, dans Les Marocains d’ailleurs, la question migratoire à l’épreuve du partenariat euro-marocain (édité en 2004 par l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations). Naguère terre d’émigration et de transit, le Maroc a « tendance à devenir un pays d’immigration » , souligne le chercheur. Le basculement date de 2003 : cette année-là, « pour la première fois » , le nombre des migrants subsahariens interpellés (23 851 personnes) « a dépassé celui des nationaux » (12 400 personnes), explique le professeur Khachani, citant les chiffres du ministère marocain de l’intérieur.

Plus nombreux que par le passé à rêver de gagner l’Europe, les migrants subsahariens sont aussi plus nombreux, désormais, à se retrouver bloqués au sud de la Méditerranée. Certains tentent donc désormais de se fixer en Afrique du Nord. « Sans que l’on puisse connaître avec exactitude le nombre d’irréguliers qui parviennent à traverser la Méditerranée (soit par les côtes marocaines, tunisiennes ou libyennes), ou à passer par l’Atlantique en transitant des côtes sud-marocaines vers les Canaries, il apparaît, selon les chiffres des autorités espagnoles et marocaines, que le nombre des migrants en situation irrégulière arrêtés par les unes et les autres a fléchi en 2004, par rapport à 2003 » , rapporte, dans une étude publiée en mars par la Commission européenne, Mehdi Lahlou, professeur à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (Insea) de Rabat.

Ce « net reflux » serait la conséquence de l' »effic acité des systèmes de contrôle » installés des deux côtés de la Méditerranée, indique-t-il. Le nombre de « pateras » (grandes barques à moteur) saisies « s’élève à 740 en 2004 contre 942 en 2003, une baisse de 21 % » , tandis que les disparus seraient « deux fois moins nombreux » . La mise en place progressive, à partir de 2002, le long des côtes espagnoles, îles Canaries incluses, du Système intégré de vigilance extérieure (SIVE) — dispositif impressionnant, évalué à 260 millions d’euros, comprenant 25 stations de détection, une douzaine de radars mobiles et quelques dizaines d’unités de patrouilleurs — explique, en partie, cette inflexion.

Sous la pression de l’Union européenne (UE), les pays maghrébins, Libye en tête, sont en passe de devenir de véritables souricières pour les Subsahariens. Soucieuse de se doter d’un « cordon sanitaire » anti-immigration, l’UE a eu, dès le début des années 1990, l’idée de créer, au Maghreb, des centres d’accueil pour migrants, rappelle Mehdi Lahlou. A charge, pour ces « Etats-tampons », de trier le bon grain de l’ivraie clandestine et de réadmettre, sur leur sol, les immigrés illégaux renvoyés d’Europe.

Ce que fait déjà, avec diligence, la Libye du colonel Khadafi, signataire d’accords en ce sens avec l’Italie de Silvio Berlusconi (Le Monde du 6 juin). Le Maroc n’en est pas là. Mais 5 charters à destination du Nigeria n’en ont pas moins été affrétés, entre novembre 2004 et mars 2005, pour renvoyer vers Lagos quelques centaines d’irréguliers.

Une loi « relative à l’entrée et au séjour des étrangers, à l’émigration et l’immigration irrégulières » a été promulguée, en novembre 2003, à Rabat, qui punit sévèrement les contrevenants. En Algérie, il y aurait aujourd’hui, selon l’universitaire algérien Ali Ben Saad, entre 500 000 et 600 000 immigrés en provenance de pays subsahariens. Logique, note le professeur Lahlou, puisque « 85 % à 95 % des migrants qui transitent par le Maroc » ou qui s’y trouvent clandestinement « y auraient accédé par la frontière algérienne » .
Certaines villes d’Algérie, comme Tamanrasset ou Maghnia, ont vu leur population augmenter de manière considérable, devenant le carrefour de multiples trafics — prostitution comprise. « La région d’Oujda et de Berkane est l’une des plus pauvres du Maroc. Ici, même la miette de miette de travail, les Subsahariens ne l’ont pas » , soupire Jelloul Araj, homme de théâtre et ex-syndicaliste, cofondateur de Mountada Rihab, une association qui milite pour  » la culture, la solidarité et le développement » .

Il est l’un des rares, avec le père Joseph Lépine, le curé de l’église d’Oujda, à entretenir des rapports réguliers avec les Africains du campus — qui ont été jusqu’à 600 à s’y entasser durant ces deux dernières années. Il connaît leurs terribles histoires. Comme celle de cette jeune Nigériane, prise en charge in extremis par une organisation humanitaire en mission à Oujda. « Avant son départ, elle et sa famille avaient passé contrat avec les trafiquants », raconte Jelloul Araj. Les proches avaient réglé une part du voyage. « Elle-même s’était engagée à payer la sienne en se prostituant en Europe. La troisième part, c’est l’enfant qu’elle a mis au monde en chemin qui devait l’apporter : si personne n’était intervenu, il aurait été vendu dans un réseau d’adoption. » Abracadabrant ? Pas plus que les combines et escroqueries diverses auxquelles les uns et les autres se livrent.

Rodrigue Sonor, 24 ans, de nationalité gabonaise, est l’un des responsables du Cercle des étudiants africains du sud-Sahara à Oujda (Cetaso). Il raconte comment « les Zaïrois -aujourd’hui Congolais-RDC-, spécialistes des faux papiers » arrivent à obtenir « jusqu’à 150 euros » des Subsahariens clandestins en échange d’un faux passeport et d’un billet de train pour Rabat. Les vrais papiers d’identité se monnaient évidemment plus cher. Les retraits à la Western Union, l’établissement spécialisé dans les transferts de fonds, sont aussi l’objet de racket : le clandestin qui n’a souvent plus de papiers est contraint, s’il veut toucher le pécule envoyé par les siens, de passer par un tiers en règle. Lequel va évidemment prélever son pourcentage…

« Certains étudiants succombent à l’attrait de l’argent » , regrette Rodrigue Sonor. Depuis quatre ans qu’il vit légalement à Oujda, les choses ont bien changé. « Avant, les Marocains nous respectaient. Maintenant, ils nous mettent dans le même panier que les clandestins » , regrette-t-il. Les chauffeurs de taxi eux-mêmes refusent désormais de prendre les clients noirs irréguliers. « Pour monter dans un train ou un bus, il faut avoir maintenant au moins quatre pièces d’identité — la carte de séjour, le certificat d’inscription à la fac, etc. Il faut, en plus, faire preuve de beaucoup de patience et de tact » , ajoute, elliptique, le jeune étudiant noir.
A Oujda comme ailleurs, dans l’esprit du Marocain moyen, « l’inquiétude tend à remplacer la tolérance » , note Mehdi Lahlou.

Récemment, un groupe d’étudiants maghrébins a tenté, « sans grand succès » , assure Jelloul Araj, d’organiser une manifestation contre les squatters africains du campus, accusés de tous les maux du royaume. Et le président du conseil des oulémas a dénoncé, en public, la présence des migrants subsahariens, présumés parasites et mangeurs du pain marocain.
Jusque dans les milieux associatifs, excepté l’Association des amis et familles des victimes de l’immigration clandestine, créée en 2001, à Khouribga, l’indifférence ou l’ignorance semble la règle. « Lors d’un rassemblement, j’ai entendu la responsable d’une association de protection de l’environnement accuser les Subsahariens d’avoir détruit notre patrimoine écologique et de manger des singes ! Cela m’a mis hors de moi » , témoigne Najib Bachiri, président de l’association Homme et environnement installée à Berkane.

Sans doute les choses s’amélioreront-elles peu à peu. La chaîne de télévision marocaine 2M a diffusé, dès 1998, un premier reportage, en langue arabe, sur les migrants de la forêt de Gourougou, près de Nador, réalisé par Mohamed Khatem. Deux autres documentaires ont suivi, Errances africaines de Reda Benjelloun, en février 2004, et A la vie, à la mort de Salhoua Jaafari, en janvier 2005 — tourné dans les îles Canaries avec la garde civile espagnole.

Les Canaries, Moussa le Nigérian y songe. « En partant de Layoune, ça coûte 800 euros » , explique-t-il dans un mauvais anglais. « M ais c’est beaucoup plus long et beaucoup plus dangereux que par Gibralta r. » Caché depuis quelques mois dans les environs de Berkane, Moussa finira sans doute par « réessayer Melilla » -l’enclave espagnole, à l’extrême nord du Maroc-, bien que le tarif — « 1 200 euros » — ait beaucoup augmenté. Moussa ignore que face à la surveillance accrue, la plupart des passeurs ne montent plus à bord des pateras. Les clandestins les empruntent à leurs risques et périls. Et le prix de l’embarcation — éventuellement perdue — est désormais ajouté au tarif de la traversée…

Catherine Simon (Le Monde)

400 harraga demandent des laissez-passer pour rentrer en Algerie

400 harraga demandent des laissez-passer pour rentrer en Algerie


Emigrés algériens clandestins en Espagne

Les harraga algériens qui demandent leur expulsion, c’est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur en Espagne, selon une étude établie récemment par la Fédération des associations des algériens émigrés en Europe.
«Ils sont entre 350 et 400 algériens en situation clandestine à avoir demandé des laissez-passer aux autorités espagnoles, leur permettant de retourner en Algérie», nous a confié hier le SG de la fédération et président de l’association des émigrés algériens en Andalousia, Saïd Benrekia. Ces harraga atterrissent dans la plupart des cas dans les centres d’internement de clandestins et personnes en situation illégale sur le territoire espagnol. Le travail effectué par l’association de Saïd Benrekia fait état de plus de 1 550 harraga algériens entre 2007 et mars 2008, à travers seulement trois camps visités, ceux d’Algesiras, Malaga et Almeria. Ces demandes de laisser-passer et d’expulsions qui se multiplient de jour en jour sont un indicateurs de la grande déception que rencontrent les harraga algériens à la fin de la grande aventure qu’ils tentent souvent en jouant avec la mort. Or et même en voulant avoir recours à cette formalité pour mettre fin à leur calvaire dans les centres d’internement, les resquilleurs algériens se heurtent souvent à l’hostilité des autorités espagnoles, vu qu’ils ne possèdent pas de papiers prouvant leur identité, explique M. Benrekia. Il ajoutera que cet absence de papiers d’identité est un sérieux handicap : «Cela nous bloque aussi en tant qu’association qui cherche à venir en aide à nos concitoyens en difficulté», dit-il. Cela dit, notre interlocuteur nous cite l’exemple d’un algérien originaire d’Oran qui a, a-t-il dit, «décidé de tenter sa chance avec les harraga alors qu’il avait une bonne situation en Algérie et qu’une fois arrivé, il n’a pas pu supporter les terribles épreuves qu’il a subies et a décidé de rentrer à Oran. Mais il n’avait pas pu entrer en contact avec notre association et s’est présenté à deux reprises à la police, qui l’a envoyé balader parce qu’il ne pouvait justifier de pièces d’identité. Aussi et en désespoir de cause,il a commis une infraction en cassant volontairement une cabine téléphonique publique pour se faire arrêter. Nous avons eu vent de son histoire et nous sommes allés l’assister ; il a enfin réussi à retourner au pays» a-t-il conclu. Un autre problème épineux que rencontrent les harragaalgériens est aussi soulevé par l’association. Il s’agit de ceux qui finissent en prison pour immigration clandestine et les organisateurs de traversée pour les harraga. Ils sont au moins une trentaine d’Algériens a avoir écopé de peines de prison allant de quatre à six ans, et qui ont été dénoncés souvent à tort par les propriétaires des embarcations de fortune qui servent aux traversées périlleuses.
Par ailleurs, il ressort de l’étude de ses deux phénomène que la cause revient principalement aux limites imposées par les autorités espagnoles au sujet de l’octroi des visas. 90% des Algériens harraga recensés dans les camps d’internement ont accusé des refus lors de leurs demandes de visa. Aussi un appel pressant est lancé dans ce sens par la fédération des associations des émigrés algériens en Europe aux autorités espagnoles. «Nous pensons qu’il est temps que les autorités espagnoles révisent leur politique en matière d’octroi de visas pour les Algériens et augmentent un peu le quota accordé», explique M. Benrekia, en ajoutant que «cela va permettre d’éviter autant de situations dramatiques désastreuses».
Par Habiba Ghrib

Des haragas algériens vivent comme des bêtes dans des grottes

Ceux qui pensaient que les haragas qui ont eu la chance d’arriver saints et saufs sur les côtes européennes sont dans une bonne situation se trompent, et ceux qui pensaient trouver en Europe un coint de paradis ont été leurrés. Ce sont là les principales phrases des jeunes Algériens à Murcie au sud de l’Espagne, lorsque nous leur avons rendu visite à l’improviste.

Le voyage qui nous a mené vers plusieurs villes espagnoles a commencé avec la ville de Palma de Majorque, mais nous ne nous y sommes pas attardés car l’endroit était empli de la réputation d’une « caverne » habitée par des Algériens venus récemment en Espagne à bord de petites barques. Chaque Algérien résidant là-bas connaissait l’histoire de la caverne et des responsables de la police espagnole nous y ont conduit.

Nous avons poursuivi notre voyage vers un autre point à Murcie, et dans un virage le conducteur a été prié de tourner à gauche à travers un passage étroit couvert à droite par un grillage qui protège une villa abandonnée.

L’image était sombre et dramatique, alors que nous traversions la cour longtemps avant de parvenir aux seuls escaliers encore utilisables. Il y avait dans la salle environs trente personnes, mais la plupart ont quitté l’endroit de peur que leurs photos ne soient publiées.

En réalité le groupe ne voulait pas que l’on transmette leur détresse, jusqu’au moment où s’est élevée la voix de Mourad, 26 ans, qui a déclaré : « Mon frère me téléphone depuis une semaine et il se prépare à embarquer en mer…Il faut parler pour qu’il comprenne vraiment que nous vivons une tragédie ».

Mourad qui est originaire de Arzew nous disait : « J’ai vu la mort de près et aujourd’hui je vis pire que les chiens et je ne veux pas que mon frère fasse comme moi ».

Cependant, O. Ismaël de El Amria à Aïn Timouchent, se rappelle d’un incident : « lorsque je suis arrivé à la plage en compagnie de 14 jeunes, nous avons fuit vers la première forêt et les gendarmes sont venus, la première chose qu’ils ont faite est de prendre le moteur qu’ils ont gardé pour eux ». Il a ajouté : « Sais-tu que nous buvons dans une vielle citerne et lorsque nous nous approchons des maisons espagnoles pour prendre de l’eau, nous sommes violemment chassés », mais sa situation, comme il le dit, est meilleure que celle de beaucoup. « J’ai vu des Algériens qui ont creusé des puits pour y passer la nuit ».

El Khabar
fil de discussion sur forum algerie dz