Des chercheurs algériens proposent une centrale de production de l’hydrogène solaire


Des chercheurs algériens qui supervisent l’étude du « projet du Maghreb-Europe » sur la production et l’exportation de « l’hydrogène solaire » ont proposé le lancement de ce dernier par la création d’une centrale d’énergie solaire prés de la ville de Ghardaïa, au regard du potentiel solaire considérable de l’Algérie dans tout le bassin méditerranéen.

M. Bouziane Mehmeh, qui supervise l’étude en compagnie d’un groupe de chercheurs au centre de développement des énergies renouvelables de Bouzaréah à Alger, a indiqué à l’APS que « l’étude consiste à rechercher la possibilité d’introduire le gaz hydrogène dans le gaz naturel, précisant que les premiers résultats sont »convaincants et satisfaisants ».

L’étude, a-t-il ajouté, a obtenu un prix d’encouragement de la revue de l’OPEP « pétrole et coopération arabe ».

L’idée de ce projet est née, selon ses initiateurs, lors du « 16éme congrès international sur l’énergie hydrogène, tenue dans la ville de « lyon » (France) en 2006 sur proposition du premier congrès international sur l’hydrogène en tant que source énergétique renouvelable » tenue à Alger en juin 2005.
La revue « pétrole et coopération arabe » a publié dernièrement l’étude qui considère que l’hydrogène solaire est « le carburant stratégique alternatif le plus attractif et le plus disponible pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux dans les prochaines décennies » et résoudre les problèmes en relation avec la crise énergétique qui secoue le monde actuellement et son impact sur la hausse des prix du pétrole et les émissions de gaz nuisibles à l’environnement.

En 2005, des experts d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, d’Egypte, de France, d’Italie, d’Allemagne et du Royaume-Uni ont recommandé « la création d’un grand projet Maghreb-Europe pour développer et exploiter l’hydrogène produit à partir de l’énergie solaire dans les pays du Maghreb ».

En 2006 le centre algérien de développement des énergies renouvelables a été chargé de coordonner les efforts des pays du Maghreb, la société européenne des technologies de l’hydrogène ayant, pour sa part, été chargée de coordonner les efforts des pays de la rive nord de la méditerranée.

L’équipe algérienne de recherche a conclu à la possibilité de lancer le projet par la création d’une centrale d’énergie solaire prés de la ville de Ghardaïa proche des champs pétrolifères de Hassi R’mel, le site offrant toutes les conditions requises.

Parmi ces conditions, l’on cite le potentiel solaire considérable du sud algérien, ses nappes phréatiques, en plus des gazoducs transméditerranéens qui pourront être utilisés pour la distribution de l’hydrogène ainsi que l’existence de techniques efficaces de production de l’hydrogène ».

Selon une étude réalisée par l’Agence spatiale allemande, « l’Algérie recèle le plus important potentiel solaire dans tout le bassin méditerranéen, avec un volume annuel estimé à 169.000 tétra Wh en énergie thermique solaire, 14 tétra Wh en énergie solaire photovoltaïque et 35 tétra Wh en énergie éolienne ».

Le volume du potentiel solaire de l’Algérie équivaut le décuple de celui de son potentiel en gaz naturel découvert jusqu’à l’heure à Hassi R’mel, indique la même étude.

Par ailleurs, la revue met en avant « des opportunités indéniables pour les pays du nord et du sud de la Méditerranée permettant de dégager les contours d’une coopération fructueuse et efficace dont la cheville ouvrière n’est autre que l’exploration d’un potentiel extraordinaire d’énergie solaire notamment dans le grand Sahara, en faisant de l’hydrogène généré par l’énergie solaire un vecteur d’une énergie propre et sure couvrant les besoins énergétiques au double plan régional et mondial ».

L’eau souterraine est un autre facteur essentiel à la production de l’hydrogène, d’autant plus que le nord du Sahara algérien renferme deux grandes nappes phréatiques. La première, l’une des plus importantes au monde, est située sur les frontières entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye, et la seconde appelée « le grand erg oriental » est située au cúur du Sahara algérien.

Ces deux réservoirs hydriques sont à même de permettre une production à grande échelle de l’hydrogène, estime le document, rappelant que des études réalisées depuis 30 ans ont démontré que l’exploitation des couches hydriques du nord du Sahara algérien qui offrent l’avantage d’une relative profondeur de la croûte du réservoir, permettra d’alimenter les centrales d’hydrogène d’une manière efficiente et à moindre coût.
L’Algérie dispose également d’un autre facteur non moins important, à savoir le réseau de gazoducs la reliant à l’Europe pouvant être mis à contribution pour le transport de l’hydrogène vers l’Europe à des coûts raisonnables, ajoute l’étude.

Ce réseau peut servir, selon les chercheurs, pour le transport de « l’hydrogène combiné » (gaz et hydrogène) via un même gazoduc, en tenant compte de certains
aspects techniques.

La revue a également mis en évidence un autre projet de transport et de distribution d’un composé de gaz naturel et d’hydrogène en cours de réalisation par un groupe européen, précisant que ce procédé vise à « définir les conditions techniques et socioéconomiques à même d’injecter de l’hydrogène dans le gaz naturel en utilisant les infrastructures existantes ».

Parmi les pays concernés par le projet, la publication cite l’Algérie, la Libye, la France, l’Espagne, la Suisse, l’Italie, l’Allemagne, la Turquie et les Etats-Unis.

APS

Des Algériens aux Etats-Unis perdent leur épargne et leur emploi


De nombreux Algériens établis aux Etats-Unis ont été touchés de plein fouet par la crise financière qui secoue la première puissance mondiale depuis plusieurs mois. Certains ont perdu des sommes colossales dans leur plan de retraite tandis que d’autres ont perdu leur emploi en raison de la récession.

Les plus touchés par la crise sont ceux ayant souscrit au fameux plan de retraite connu sous le code 401 K. Il s’agit d’un système d’épargne retraite géré par des fonds de pension qui investissent cet argent dans des actions et des obligations. Le plan autorise l’employé à déduire, hors taxes, une partie de son salaire pour l’investir dans différentes options offertes par son entreprise. Ce système a été mis en place par le gouvernement américain en 1981 sous la présidence du républicain Ronald Reagan avec des avantages fiscaux incitatifs. Depuis, le plan a attiré des millions de souscripteurs, y compris des Algériens vivant aux Etats-Unis, même ceux y résidant et y travaillant depuis peu.

«L’idée était que beaucoup d’Algériens voulaient profiter de ce plan pour engranger un bon pactole afin de finir éventuellement leur retraite au bled», a indiqué au Jeune Indépendant Mohamed Djeddour, un Algérien établi depuis 29 ans aux Etats-Unis dont la plus grande partie à Chicago dans l’Illinois.

«D’autres qui sont plus familiers avec le système de retraite algérien ont tourné le dos au 401 K, préférant le second système traditionnel qui est sans risque, mais qui n’attire que peu de souscripteurs dans un marché de plusieurs milliards de dollars», a dit Mohamed, 48 ans, originaire de l’Ouest algérien. Selon le Centre de recherche sur les retraites de l’université de Boston (Center for Retirement Research), au moins 65 % des salariés américains dépendent de leur épargne individuelle. Dès lors, chaque souscripteur était obligé de gérer son propre plan de retraite d’entreprise et à placer une partie de ses économies sur les marchés financiers. Les Algériens qui avaient opté pour ce produit ont subi les conséquences de la chute vertigineuses des sociétés de finances comme tous les souscripteurs américains.

«J’ai perdu une année de salaires et je n’ose plus aller jeter un coup d’œil sur mon épargne retraite», lançait Djamel, 44 ans, ancien vétérinaire converti dans la téléphonie mobile, rencontré dans un café du quartier d’Elston dans le North side de Chicago, la ville du candidat à la présidence américaine, le sénateur démocrate Barack Obama. Client chez Fidelity investement où il a placé son plan de retraite, Djamel ne décolère pas. « C’est la faute à ces spéculateurs et ces courtiers qui se remplissent les poches à New York», se lamente-t-il tout en gesticulant pour exprimer sa frustration.

«Heureusement que je suis encore jeune pour reconstruire mon plan de retraite», se console-t-il avant que son compatriote Hassen, assis à une table mitoyenne tout en sirotant un «café presse», lui rétorque que rien n’est désormais sûr dans un pays qui ne cesse de collecter les ouragans financiers. Selon les experts budgétaires du Congrès américain, la chute en cascade de la Bourse ces 15 derniers mois a fait disparaître quelque 2 trillions de dollars de l’épargne de retraite des salariés. Ces pertes vont contraindre de nombreux employés à travailler plus longtemps et à différer leur départ en retraite.

Pour d’autres Algériens, l’infortune est encore plus grande puisqu’ils ont perdu leur emploi ; leurs patrons ne pouvant plus assurer leurs salaires, les ont congédiés. Certains ont dû quitter leur emploi volontairement en raison des réductions salariales tandis que d’autres ont été renvoyés avec la promesse d’être repris une fois la tempête passée.

Quelque 160 000 Américains ont perdu leur emploi selon les chiffres officiels de septembre dernier. Tous les secteurs ont été touchés y compris celui de la presse où de nombreux journaux locaux ont dû licencier la moitié de leur staff, à l’image du quotidien Dallas Morning News qui a procédé vendredi dernier à des licenciements pour la quatrième fois depuis 2001.

Toutefois, d’autres Algériens plus ou moins aisés ont réussi à profiter de la situation pour acquérir des maisons à des prix abordables suite à l’effondrement vertigineux du marché de l’immobilier. Rachid, 50 ans, ingénieur manager chez Symantec dans le Silicon Valley en Californie, qui se trouvait de passage à Chicago pour rendre visite à un proche, avoue qu’il a pris l’avion de Qatar où son épouse travaille pour retourner aux Etats-Unis afin de conclure un contrat d’achat d’une propriété qui lui aurait coûté six fois le prix, n’était la récession.

De notre envoyé spécial à Chicago, Kamel Mansari

Le Jeune Indépendant

Agriculture en Algerie, Etat des lieux

Le dossier de l’agriculture bénéficie d’une nouvelle attention des pouvoirs publicsEntre les archaïsmes et les besoins d’innovation

L’actualité des marchés des produits alimentaires à travers le monde ne peut laisser indifférents les Algériens, populations et gouvernants, d’autant plus que la montée en flèche des prix des principaux produits de consommation domestique ont eu des répercussions directes sur la bourse des smicards et des mal lotis. Le cas de l’Algérie est plus complexe que celui du reste des pays importateurs de produits alimentaires du fait que nous importons la quasi-totalité de ce que nous consommons. Même les quelques produits agricoles sortis de nos fermes se trouvent dépendants totalement des semences et matériel motorisé (et pièces détachées) importés. Le cas le plus emblématique a été exposé en direct à la télévision au début des années 90 par l’ancien Premier ministre, Belaïd Abdesselem, lorsqu’il aborda la production du poulet de chair en Algérie. Il séria les éléments d’importation qui concourent à la production d’un poussin ou d’un poulet adulte (aliments, vaccins et autres ingrédients) et conclut que le poulet n’est pas réellement algérien.

Face aux nouvelles réalités induites par une mondialisation accélérée des économies et une interdépendance de plus en plus problématique entre les régions et les pays de la planète, les défis qui se posent à l’agriculture algérienne deviennent de plus en plus complexes. Pourtant, des efforts méritoires ont été déployés en direction du secteur de l’agriculture par les soutiens aux producteurs, la mise à niveau des exploitations agricoles et l’extension de la surface agricole utile (concessions, mise en valeur par l’accession à la propriété foncière,…). Cependant, comme le soulignent les statistiques présentées au président de la République le mois dernier au cours de l’audience qu’il a accordée au nouveau ministre de l’Agriculture, Rachid Benaïssa, la croissance du secteur n’a pas enregistré un bond extraordinaire. Elle est de 6% pour l’année 2007. Il est vrai que, par rapport à 2005 où ladite croissance était de 1,9 %, des progrès substantiels ont été effectués. Les exportations hors hydrocarbures demeurent, quant à elles, toujours faibles puisqu’elles ne dépassent pas un milliard de dollars, alors que les ambitions du gouvernement depuis 1998 étaient de 2 milliards de dollars. Les spécialistes et les pouvoirs publics ont depuis longtemps identifié certaines contraintes majeures qui obèrent l’essor de l’agriculture algérienne, mais la volonté politique semble biaisée ou soumise à des contingences dont l’opinion ignore la nature . Le problème du foncier fait que le statut des terres publiques (EAC et EAI) est considéré comme un frein aux investissements d’autant plus que les usufruitiers nourrissent une méfiance légendaire à l’égard de l’administration et, dans certaines régions, se rendent complices de l’avancée du béton sur les terres agricoles.  La nouvelle loi sur l’orientation agricole et la nouvelle mouture de la gestion des concessions agricoles sont, en principe, destinées à mieux asseoir la relation entre l’administration et les exploitants agricoles et à protéger avec plus d’efficacité les terres agricoles des détournements et autres formes de dilapidations.

Au printemps dernier, un rapport sur l’état de l’Agriculture algérienne a été présenté en Conseil des ministres par l’ancien ministre de l’agriculture et du Développement rural. C’est avec les thèmes-phares de la sécurité alimentaire et de la promotion des produits agricoles stratégiques que ce rapport a été abordé. Les pouvoirs publics commencent à prendre une nette conscience du  »front » ouvert sur le plan des produits alimentaires de base, ce qui a contribué à faire dégringoler le pouvoir d’achat des citoyens d’une façon dramatiques au cours du deuxième semestre de l’année écoulée et pendant l’année 2008. L’une des crises récurrentes qui ne donne aucun répit pour les ménages est celle relative au lait et, par ricochet, à tous les produits dérivés (fromages, beurre, yaourt,…). La menace de la cessation de production plane toujours sur les unités de fabrication malgré certaines assurances données par le gouvernement. En tout cas,  la solution définitive ne semble pas, jusqu’à présent acquise. Les fabricants de lait réclament à chaque fois le déblocage des subventions accordées par l’État et qui enregistrent beaucoup de retard au moment où les unités de fabrication de lait font face à des dépenses incompressibles pour mettre le lait à la disposition des citoyens. Mais, le revers de la médaille accompagnant la politique de la subvention, ce sont les spéculateurs de tous poils dont le  »métier » est justement de flairer les bonnes affaires là où il y a des subventions. Les diverses crises touchant des produits agricoles de large consommation font remonter en surface de vieux problèmes mal pris en charge par des décisions politiques hardies ou dont le traitement a été empêché ou perverti par le système de la rente qui s’est appuyé sur la seule vertu de l’importation  

Un métier qui a perdu ses lettres de noblesse

L’ancien ministre de l’Agriculture,  Saïd Barkat, avait affirmé en 2006 que le phénomène des terres agricoles laissées à l’abandon, exposées à la désertification, allait être pris en charge par la nouvelle loi nouvelle portant Orientation agricole, ce qui s’est concrétisé au cours de ces derniers mois. Les usufruitiers coupables de tels actes seront poursuivis en justice et sanctionnées. ‘’La mesure s’appliquera même aux propriétaires, entendu que la terre n’est pas leur propriété à eux seuls, mais c’est la propriété de toute la collectivité nationale,’  ajoutait-t-il. La nouvelle loi détermine, en effet, la nature des terres agricoles, les activités agricoles, la formation, la qualité de la production et l’organisation de la profession agricole de façon précise afin d’éviter les ‘’intrus’’ (faux agriculteurs) et les activités spéculatives qui en résultent’.

De même, la nouvelle loi sur le foncier agricole est destinée à ‘’mettre fin à la dilapidation des terres agricoles publiques qui sont considérées les plus belles et les plus fertiles terres du pays.” Cette mesure législative compte endiguer les transactions anarchiques et illégales des terres et organiser les modes d’exploitation collective et individuelle des exploitations agricoles. Parallèlement à cet arsenal juridique que le département de Rachid Benaïssa a fait adopter à l’Assemblée populaire nationale, les investigations de la Gendarmerie nationale relatives au détournement des terres agricoles de leur vocation initiale et aux transactions douteuses et illégales se poursuivent. Ces enquêtes portent sur le devenir de certaines EAC et EAI (exploitations agricoles collectives et individuelles) échues à des exploitants en vertu de la loi 19-87 de 1987 qui a institué ce type d’exploitation en remplacement des anciens domaines autogérés.

Dans la foulée des nouvelles mesures prises par le ministère de l’Agriculture, de nouvelles dispositions réglementaires (sous forme de projets de lois) sont attendues, pour encadrer spécifiquement le secteur des Forêts et les activités de la chasse. L’on apprend également que l’administration de l’Agriculture est sur le point de mettre en place une carte de l’agriculture algérienne. Il a été fait aussi état, il y a deux ans, que sur décision du président de la République, il sera crée une École supérieure de l’Agriculture et des Sciences forestières. Rappelons, à ce propos, que, jusqu’à un passé récent, l’Algérie disposait de deux grandes écoles spécialisées dans les sciences agronomiques : l’Institut National d’Agronomie d’El Harrach (INA, fondé en 1905) et l’Institut de Technologie Agricole de Mostaganem (ITA, fondé en 1971). Ce dernier a été annexé, au milieu des années 1990, à l’Université de Mostaganem. Parallèlement à ces deux écoles supérieures, des instituts d’agronomie sont crées au sein des centres universitaires pour mieux encadrer le secteur de l’Agriculture. Notons également que les anciens lycées agricoles datant de la colonisation ont été transformés en Instituts technologiques moyens agricoles et sont chargés de former des techniciens en agriculture. L’INVA (Institut national de vulgarisation agricole sis à Saïd-Hamdine, Alger), avec ses antennes régionales, est chargé de former des vulgarisateurs agricoles et d’élaborer le matériel didactique pour la vulgarisation des techniques et des procédés agricoles.

Le cheminement aléatoire des soutiens publics

Depuis la mise en place du PNDA en 2000, les pouvoirs publics ont, par le truchement des leviers relatifs aux différents dispositifs de soutien, commencé à réorienter l’activité agricole dans le sens de la reconversion des systèmes de culture. Ainsi, d’après les chiffres du ministère de l’Agriculture, les superficies habituellement emblavées en céréales étaient de 4,5 millions d’hectares avec une production allant de 16 à 19 millions de quintaux, soit un rendement de 7 à 8 quintaux/ha. Les nouvelles mesures de soutien ont ramené cette superficie à 3,2 millions d’hectares, mais avec un rendement moyen de 40 qx/ha. Dans le sillage de la nouvelle politique agricole, les agriculteurs ont été encouragés à réaliser une bonne préparation du sol (défoncements et épandages d’engrais de fond) et des désherbages efficaces. En outre, certaines superficies céréalières ont été reconverties en vergers arboricoles ou viticoles de façon à mieux lutter contre les effets de la sécheresse qui menace cycliquement notre pays et à réduire les risques d’érosion qui ont déjà affecté les parcelles céréalières à forte pente. 

Le taux de soutien apporté à l’agriculture représentait 4% du PIB d’après les déclarations de l’ancien ministre en 2006. Le taux maximum enregistré était, ajoutait-il, de 9%. Mais, fait-on observer, au niveau des pays de l’OCDE, ce taux représente 45%. L’agriculture dans notre pays représente à l’heure actuelle quelque 9% du PIB et utilise 25% de la main-d’œuvre.

Les statistiques de la production agricole indiquent que, pour plusieurs produits, l’Algérie a atteint l’autosuffisance. Si la facture alimentaire à l’importation est située autour de 2,5 milliards de dollars, c’est en raison de l’importation de céréales et d’autres produits indispensables. Les besoins des Algériens en céréales sont évalués à 60 millions de quintaux, tandis que la production locale tourne autour de 30 millions de quintaux.

En matière de production laitière, l’Algérie produit 2,2 milliards de litres annuellement, tandis que la consommation annuelle atteint les 3 milliards de litres. La différence est importée pour un montant de 600 millions de dollars. Pour atténuer cette lourde facture, l’Algérie a importé 26 000 vaches laitières entre 2005 et 2006. L’étape suivante que compte franchir le département de Rachid Benaïssa est la labellisation de certains produits pour lesquels l’Algérie a montré une certaine maîtrise. Ainsi, en est-il de l’huile d’olive, du miel et de la datte Deglet Nour.  La protection du consommateur n’a pas été omise dans la nouvelle stratégie de relance du secteur agricole. Lutte contre la spéculation, contre la fraude et contre les faux exportateurs. L’administration compte également structurer la Chambre de l’agriculture de façon à l’habiliter à jouer un rôle essentiel dans la promotion du secteur agricole, l’exportation des produits de l’agriculture et le démantèlement du monopole, y compris le monopole des chambres froides. Les remous soulevés par ces équipements lors de la crise de la pomme de terre militent effectivement pour un assainissement définitif de ce créneau.

L’on ne peut parler de l’exportation sans aborder le sujet crucial du marketing et du design. À ce propos, l’ancien ministre de l’Agriculture dira crûment : ‘’Nous ne savons ni vendre ni acheter. Notre point faible se situe principalement dans le conditionnement et l’emballage.” Il fera aussi état de la responsabilité de nos ambassades et des Chambres de l’agriculture dans la promotion des produits algériens. 

Les dédales d’une gestion au pifomètre

La pression sociale grandissante qui ne vient pas de la simple démographie galopante des années 60 et 70, mais surtout de la grande mobilité de la main-d’œuvre algérienne se caractérisant par un exode rural massif a grandement contribué au chamboulement de l’espace. Le dépeuplement des campagnes était une conséquence directe du désintérêt des pouvoirs publics pour l’arrière-pays qui avait payé le prix fort pour l’indépendance du pays et de la politique d’industrialisation qui avait ciblé les banlieues des grandes villes. Les flux de nouveaux migrants issues des montagnes (Kabylie, Titteri, Ouarsenis, Aurès, Nememcha,…) et des Hauts Plateaux ont fini par constituer des ceintures de misère autour des cités industrielles de Rouiba, El Hadjar, Arzew ; ceintures qui prendront les aspects de bidonvilles que les Algériens ne connaissent que trop.

Le problème ne s’est pas limité aux grandes agglomérations. Même des villes de moyenne importance ont accueilli pendant quatre décennies les paysans déracinés qui ont abandonné leurs hameaux, leurs terres et leurs traditions d’authenticité campagnarde pour s’offrir, à leur corps défendant, comme candidats à une citadinité forcée.

Les pouvoirs publics n’avaient rien fait pour relativiser cette vision idyllique de la ville et pour offrir des conditions de stabilité aux populations des campagnes. Au contraire, sa propension à davantage de centralisation et de déploiement sur les grandes villes du pays a, en quelque sorte-justifié l’afflux des ruraux vers la ville.

Les corollaires de l’exode rural sont perceptibles d’une manière dramatique à deux niveaux : d’abord sur les lieux d’arrivée, les villes, où de nouveaux besoins apparaissent : l’école pour les enfants, de nouvelles structures sanitaires pour le nouvelles populations et, surtout des logements supplémentaires pour les abriter et pour éradiquer les bidonvilles qui ternissent l’image de la ville et du pays. Ces besoins sont en quelque sorte infinis en raison d’un déficit de stratégie d’aménagement du territoire.  Les répercussions sur l’activité agricole ne se sont pas fait attendre. Chaque année, des dizaines d’hectares des meilleures terres sont phagocytées par une urbanisation forcenée.

Les 8 millions d’hectares de SAU (Superficie agricole utile) recensés en 1962 donnaient alors un ratio de 0,75 ha/habitant. En 1990, ce taux fléchit à 0,3 ha/habitant. Les anciennes fermes coloniales faisant partie du domaine privé de l’État s’étendent sur 2,8 millions d’hectares, soit 35% de la SAU. 2,5 millions d’hectares ont été organisés en EAC et EAI à partir de 1987 (soit 96 629 exploitations). Le reste, c’est-à-dire

300 000 ha, forment les fermes-pilotes et les parcelles d’expérimentation appartenant à des instituts universitaires de recherche.

Les déperditions du capital foncier sont dues aux extensions urbaines que connaissent les villes algériennes ou à la création de nouvelles agglomérations (exemple de Sidi Abdellah à la périphérie d’Alger) ou bien encore à une dilapidation insidieuse due à des détournements et transactions illégales auxquels se livrent les usufruitiers. Les résultats des enquêtes de la gendarmerie issus de 18 mois de recherches ont abouti, d’après le commandement de ce corps de sécurité, à la mise en examen de plus de 16 000 personnes accusées de dilapidation du foncier agricole (6 366 ha) dans la seule région d’Alger. L’on y apprend ainsi qu’à lui seule, l’homme d’affaires Brahim Hadjass, en fuite au Canada, aurait avancé 23 milliards de centimes pour accaparer 321 hectares des terres de 18 exploitations agricoles allant de Aïn Benian à Staouali en passant par Chéraga. Bien entendu, les actes de désistement auxquels ont recouru les usufruitiers n’ont aucune valeur légale.  Le ministère de l’Agriculture fait aussi état de la perte de 150 000 hectares de terres agricoles (publiques et privées) depuis 1962. Ces terres ont été majoritairement détournées de leur vocation naturelle suite à des besoins pressants d’urbanisation et d’installation d’infrastructures publiques.  Parallèlement au détournement du foncier agricole à des fins d’urbanisation (légale ou délictueuse), les terres agricoles algériennes subissent une menace réelle de désertification liée à des phénomènes aussi bien naturels qu’anthropiques.

Les pertes des espaces steppiques et la déforestation font peser des risques irréversible pour le capital foncier algérien. L’Algérie n’a jamais connu des phénomènes d’érosion aussi dangereux que ceux enregistrés au cours des 15 dernières années. Le danger pèse non seulement sur la fertilité des sols, mais aussi sur leur stabilité mécanique et sur les capacités de rétention des ouvrages hydrauliques.

Ces derniers voient leur longévité se réduire suite à l’envasement graduel qu’ils subissent. Certains barrages, comme celui du Ksob, dans la wilaya de M’Sila, sont déjà devenus inefficaces puisque leur capacité de stockage a été fortement réduite.

C’est pour parer à ce genre de dérive que le ministère de l’Agriculture a conçu le Plan national de reboisement (PNR) touchant toutes les wilayas du Nord. Ce Plan vise aussi a reconstituer les capacités de production de bois et d’autres produits forestiers (à l’exemple du liège) dont notre pays a fortement besoin.  

Quelles chances pour les nouvelles orientations du gouvernement ?

Les défis qui se posent au secteur de l’agriculture sont nombreux et variés. Et c’est pour compléter les activités de l’agriculture professionnelle que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a mis en place les projets de proximité de développement rural depuis 2002. Le propre de la politique agricole suivie depuis le début de la décennie en cours, est de s’attaquer frontalement aux deux grands axes qui constituent ce secteur d’une façon simultanée : l’agriculture professionnelle qui se donne des critères spécifiques pour cibler son domaine d’intervention (à savoir les exploitations titrées des régions de plaine, les EAC-EAI, les animateurs du secteur agroalimentaire,…) et le développement rural devant intervenir dans les zones reculées de la montagne ou de la steppe touchées par des problèmes spécifiques. Parallèlement au soutien apporté à l’agriculture professionnelle suivant les filières (lait, céréales, légumes secs, chambres froides), et ce, à travers le FNDIA (Fonds national du développement et  de l’investissement agricoles), les espaces ruraux situés dans les zones de montagne ou dans la steppe font l’objet d’une nouvelle attention des pouvoirs publics. Car, ces espaces se trouvent fragilisés par plusieurs facteurs auxquels échappe l’agriculture professionnelle : enclavement, morcellement de la propriété, érosion des sols, absence de titres de propriété, déficit en infrastructures et équipement publics (écoles, centres de santé et de loisirs, électricité, ouvrages hydrauliques,..etc). En outre, ces zones ont gravement souffert de la période d’insécurité entre 1993 et 2002, ce qui a entraîné un exode forcé de plusieurs centaines de milliers d’habitants vers les villes après avoir bradé leurs cheptels et leurs meubles.  Le dernier Recensement de la population et de l’habitat (RGPH) effectué en avril 2008 donne en tout cas des chiffres assommants en matière d’occupation de l’espace algérien. Plus des deux tiers des Algériens habitent les zones urbaines. Les statistiques du ministère de l’Agriculture datant de 2006 parlent de 13 millions d’habitants en milieu rural.   La dislocation de cet espace rural, avec son lot de misère et d’exode vers les villes, a été passée au peigne fin par les experts lors de la réunion walis-gouvernement présidée par le président de la République en décembre 2006. Un nouveau projet dénommé ‘’Plan de soutien au renouveau rural’’ (PSSR) y a été présenté par le ministre délégué au Développement rural, Rachid Benaïssa, désigné, dans le gouvernement Ouyahia, ministre de l’Agriculture et du dDéveloppement rural.  Il se trouve que dans les chamboulements économiques et sociaux vécus par la campagne algérienne, la notion même de ruralité est sujette à controverse. En effet, dans une situation où les métiers ruraux,-et principalement l’artisanat- se meurent, où le salariat et l’économie informelle prédominent chez la population occupée, où le chômage est la situation la mieux partagée  et où les activités agricoles sont réduites à la portion congrue, il y a lieu de redéfinir la notion de monde rural et de lui imaginer les modèles de développement qui prennent en compte toutes ces contraintes.

Amar Naït Messaoud