Grande-Bretagane:Entrée en vigueur des lois sur l’immigration

Par :Samia Lokmane-Khelil

“Vieux, non anglophones, travailleurs sans qualification s’abstenir.” Cet avertissement a de quoi tempérer les ambitions des candidats au départ les plus obstinés. Comme des pays d’Amérique et d’Europe, la Grande-Bretagne prône l’immigration choisie, ce choix consistant à vider le tiers-monde de ses compétences et de fermer sa porte aux naufragés des boat people.

Le gouvernement britannique n’exige pas des Roumains, des Bulgares et des Polonais, qui arrivent par cars entiers sur son territoire, de parler anglais et d’avoir des qualifications précises. Même si leur déferlement fait grincer les dents de la population locale qui les accuse d’accaparer l’immobilier et les emplois, aucune loi ne leur interdit de s’expatrier sur les bords de la Tamise. Les préalables à l’immigration ciblent uniquement les candidats des nationalités hors européennes. Depuis le début du mois d’avril, les prétendants d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes doivent, comme au loto, cocher les numéros gagnants pour décrocher leur place au soleil (rare) au Royaume-Uni. Le système dit à points place la barre très haut, tellement haut que le nombre des aspirants risque de fondre comme neige au soleil. Dans l’agriculture, le bâtiment et les services, la main-d’œuvre bon marché, venue tout droit des nouveaux “petits frères” de l’Est, de l’UE, satisfait largement la demande. Les campagnes anglaises sont investies par les héritiers des kolkhozes, prêts à tous les sacrifices pour économiser le prix d’une maison qu’ils iront construire dans leur pays d’origine. La crise des vocations touche surtout le secteur tertiaire, l’enseignement, la santé, la recherche… où les compétences manquent considérablement. Ces failles sont le résultat de la fuite des cerveaux britanniques à l’étranger. Une récente enquête de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a révélé que plus d’un million d’universitaires du Royaume-Uni se sont exilés depuis dix ans sur le Vieux Continent, en Amérique et en Australie, pour fuir la vie devenue trop chère dans leur pays. Jusqu’au remake manqué des attentats de Londres, l’été dernier, les médecins du monde entier, des pays du tiers-monde tout particulièrement, étaient les bienvenus dans les hôpitaux du royaume afin de pallier l’hémorragie des blouses blanches locales. L’identification d’un des kamikazes comme faisant partie de l’équipe des urgentistes de l’hôpital de Glasgow a révélé toutefois la légèreté avec laquelle les permis de travail étaient octroyés aux praticiens d’origine étrangère. Si aussitôt après, des instructions ont été données aux services de la santé et de l’immigration pour appliquer un contrôle plus rigoureux sur les candidatures, aucune interdiction à la venue de médecins étrangers sur le territoire britannique n’a cependant été prononcée. La transformation des agents de l’immigration en chasseurs de têtes bien faites et vaccinées contre la tentation terroriste provient aussi du désir ardent et vital des Anglais de casser les frontières des ghettos ethniques qu’ils ont mises en place au nom du multiculturalisme. Au lendemain des attentats du 7 juillet 2007, l’opinion découvre stupéfaite que les auteurs n’étaient pas des étrangers, mais des Britanniques, enfants d’immigrés. Alertés par des signes précurseurs comme la hausse de la criminalité ou la montée du prosélytisme islamiste, les autorités admettent l’échec de leur politique d’intégration. Tout bas où à cœur ouvert, des hommes politiques accusent l’État d’avoir offert l’hospitalité à tout venant. Actuellement, le Royaume-Uni compte 7 millions de citoyens britanniques d’origine étrangère, dont 1,5 million de musulmans. Les premières vagues de migrants remontent aux années 1950. Les populations des anciennes provinces de l’empire colonial britannique en constituent les principaux contingents. L’appartenance des arrivants au Commonwealth les exonère d’une quelconque autorisation d’entrée. Mais très tôt, des frictions font jour entre eux et les Britanniques de souche. Avant son immortalisation dans une comédie romantique, le quartier de Nothing Hill à Londres était surtout connu pour avoir été pendant les années 1950 le théâtre de la première offensive anti-immigrés. Cette tension, exacerbée par des conditions économiques difficiles, conduit les pouvoirs publics à émettre les premières restrictions en matière d’immigration. Des permis de travail et le regroupement familial sont institués.

Des immigrés “tardifs”
Les Algériens découvrent tard “l’île au trésor” britannique. L’absence de liens historiques avec ce pays et le handicap linguistique détournent l’attention des prétendants à l’expatriation qui se ruent plutôt vers la France. Les premiers compatriotes arrivent presque par hasard en terre victorienne. Dans le sillage de la politique de défrancisation de l’enseignement, des boursiers sont envoyés en masse au Royaume-Uni pour poursuivre leurs études supérieures. L’Institut des études africaines et orientales (SOAS) à Londres reçoit une foule d’étudiants en sciences sociales et politiques. À l’issue de leur cursus, beaucoup de boursiers choisissent de ne pas retourner au pays. Aujourd’hui, ils font le bonheur et la fortune de laboratoires de recherche qui marchandent leur savoir à coups de millions de livres. Dans les années 1990, une nouvelle marée de compatriotes s’abat sur les côtes du vieux royaume. Une minorité, des journalistes, des policiers, des militaires, est poussée sur les rives de l’Atlantique par le climat de terreur qui s’emparait de l’Algérie. Mais la plupart des arrivants, en quête d’asile politique, sont des militants islamistes qui ont décidé de transférer leurs activités subversives à Londres. Au lendemain des attentats de 2005, le Royaume-Uni se sent coupable d’avoir donné refuge à de dangereux propagandistes qui ont transformé de jeunes Britanniques en bombes humaines. Pour entraver la venue de nouvelles cohortes de réfugiés, le gouvernement pense à abolir l’asile politique permanent et à réduire sa durée à 5 ans. Mais ce frein reste sans effet sur les candidats. Lorsqu’ils sont arrêtés par la police, les harragas algériens introduisent aussitôt une demande d’asile, prétextant le malvivre et la hogra dans leur pays. Deux générations de compatriotes sans papiers se sont succédé au Royaume-Uni. La première avait raté sa route vers l’Australie à la fin des années 1980 et avait pris “le bateau” pour la Grande-Bretagne. La seconde, plus nombreuse actuellement, y débarque sur des embarcations de fortune. Le Home Office estime qu’environ 10 000 Algériens vivent clandestinement au Royaume-Uni. Un certain nombre fait partie d’un collectif pour demander la régularisation des sans-papiers. Au cours de la dernière bataille pour l’élection du maire de Londres, les trois candidats en lice, dont le travailliste Ken Levingstone, ont plaidé pour une régularisation en masse des étrangers. Mais d’aucuns considèrent cette proposition comme un slogan de campagne.
Poursuivant la politique de Tony Blair, son prédécesseur au 10, Downing Street, le Premier Ministre Gordon Brown a mué le pays en citadelle. En décembre dernier, sa ministre de l’Intérieur Jacquie Smith annonçait le durcissement des conditions d’octroi du visa touristique en ramenant sa durée à 3 mois, au lieu de 6 auparavant, et en imposant une caution d’un millier de livres aux fournisseurs des attestations d’accueil. Il y a un peu plus de deux mois, elle dévoilait le nouveau dispositif d’octroi de la nationalité britannique aux étrangers. Le système à points exclut les demandeurs ne parlant pas anglais, n’ayant pas de connaissances sur la culture de leur terre d’accueil et rendus coupables d’infractions dans leur pays d’origine. Le délai d’attente passe de 5 à 8 ans. Une clause de la loi prévoyant la réduction de cet intervalle pour les individus engagés dans des actions caritatives a été tournée en dérision par une partie des médias. De leur côté, les concernés tentent déjà de contourner la législation en se faisant délivrer de fausses attestations d’aptitude en anglais. Un scandale de cette nature vient d’impliquer une école de langues à Londres qui vendait des certificats falsifiés. De bonne ou de mauvaise foi, les postulants au rêve anglais doivent ainsi mettre la main à la poche. La nationalité britannique coûte plusieurs centaines de livres. De l’autre côté de la Manche, Brice Hortefeux, ministre français de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, est séduit par l’idée de faire payer les candidats à la naturalisation et favoriser ceux qui accomplissent du bénévolat. “Rejoindre un pays, c’est un geste d’amour. Le plan britannique reflète bien cette dimension : rien n’est jamais acquis”, a-t-il commenté.
Avis aux intéressés !

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